PARTIE 1
La première fois que j’ai entendu mon voisin rire de moi, c’était un mardi matin d’avril 2012, au Café de la Place à Saint-Flour. Pas un petit rire discret. Un vrai rire qui roule sur le zinc, qui fait trembler les tasses et tourner les têtes.
J’étais assise dans le fond, près de la fenêtre qui donne sur la place d’Armes. Devant moi, un café noir et un croissant que je n’avais pas touché. J’avais les mains autour de la tasse pour les empêcher de trembler.
« Alors comme ça, la petite Clémentine met des oies dans ses pâturages ? »
C’était Jacques Marceau. Soixante-deux ans, éleveur de charolaises depuis trois générations, président du syndicat des éleveurs du Cantal. Sa voix portait jusqu’au fond de la salle. Il était debout au comptoir, entouré de cinq ou six hommes en veste de travail et bottes en caoutchouc. Tous me regardaient.
« Elle a perdu la tête », a ajouté quelqu’un que je ne voyais pas. « Depuis que son père est mort, elle fait n’importe quoi. »
J’ai serré ma tasse plus fort. J’ai regardé la place dehors, les platanes encore nus du printemps, le camion du boulanger qui déchargeait des baguettes. J’ai compté jusqu’à dix, comme mon père m’avait appris à le faire quand j’étais petite et que les garçons de l’école se moquaient de mes tresses trop serrées.
« Tu sais ce que c’est, le problème avec les oies ? » a continué Marceau en se tournant à moitié vers moi. « Ça bouffe l’herbe des vaches. Ça fait du bruit. Ça attire les renards. Et ça ne rapporte rien. C’est bon pour les retraités qui veulent décorer leur jardin. Pas pour un vrai élevage. »
Il a bu une gorgée de son expresso. Les hommes autour de lui ont hoché la tête. Le Café de la Place était plein de hochements de tête et de regards en coin.
Je n’ai rien répondu. Je me suis levée. J’ai posé deux euros sur la table. J’ai pris mon manteau et je suis sortie sans regarder personne.
Dehors, l’air était froid et sec. Les montagnes du Cantal étaient encore blanches de neige au sommet. J’ai traversé la place jusqu’à ma vieille Peugeot 405 blanche, celle que mon père avait achetée neuve en 1996 et qu’il m’avait laissée avec le reste de la ferme. Je me suis assise au volant. J’ai attendu que mes mains arrêtent de trembler.
Puis j’ai tourné la clé, et je suis rentrée chez moi.

La ferme des Clarès se trouve à six kilomètres de Saint-Flour, sur la route de Chaudes-Aigues. 82 hectares de prairies naturelles, entre 850 et 950 mètres d’altitude, avec une petite rivière qui coupe la propriété en deux et un étang d’un hectare au sud, là où le terrain devient plat avant de remonter vers la forêt domaniale. Mon arrière-grand-père avait acheté ces terres en 1923. Mon grand-père les avait agrandies en 1954. Mon père, Pierre Clarès, les avait modernisées dans les années 80, avec une salle de traite et un silo à maïs.
Et puis mon père était mort en novembre 2011. Une crise cardiaque dans la grange, un matin de gel. Il avait 59 ans.
Ma mère était déjà partie en 2005. Cancer du sein. J’avais 19 ans à l’époque, et j’étais en fac de biologie à Clermont-Ferrand. Je voulais devenir chercheuse, étudier les écosystèmes, comprendre comment les espèces vivantes s’organisent entre elles. Mais après la mort de mon père, il n’y avait plus que moi. Mon frère aîné, Théo, était parti vivre à Toulouse avec sa femme et ses enfants. Ma sœur cadette, Élodie, travaillait à Lyon dans une agence de communication.
Alors je suis rentrée. J’avais 26 ans, un diplôme en écologie des milieux ruraux, et une ferme de 82 hectares avec 58 vaches allaitantes de race Aubrac. La race de mon père. La race de mon grand-père. Des bêtes magnifiques, robe fauve et muqueuses noires, des yeux doux cerclés de noir comme du khôl, des cornes en lyre qui remontent vers le ciel quand elles broutent.
Les premiers mois après l’enterrement, j’ai fait ce qu’on m’avait dit de faire. J’ai continué l’exploitation comme mon père l’avait toujours menée. Rotation des pâtures. Complémentation en foin l’hiver. Insémination au printemps. Vêlage en février et mars. Vaccins, vermifuges, boucles d’identification, déclarations à la Chambre d’agriculture.
Mais quelque chose n’allait pas. Les prairies s’appauvrissaient. Les chardons et les rumex envahissaient les parcelles que mon père avait toujours tenues propres. Le sol devenait plus sec, plus dur. Et puis il y avait les renards. Pas un ou deux. Des familles entières. La forêt domaniale au sud de la ferme était un réservoir à prédateurs. Chaque printemps, je perdais des veaux. Trois en 2012. Quatre en 2013. Cinq en 2014.
Le vétérinaire haussait les épaules. Les voisins disaient que c’était la faute à pas de chance. Mais moi, je voyais bien que ce n’était pas de la chance. C’était un système qui se déréglait. Les prairies sans diversité attiraient moins d’oiseaux, moins d’insectes, moins de petits mammifères. Les renards, privés de leurs proies habituelles, se rabattaient sur les veaux. C’était logique. C’était écologique. Mais personne ne voulait l’entendre.
Un soir de janvier 2014, je suis montée dans le grenier de la maison. Il faisait un froid glacial. J’ai allumé l’ampoule nue qui pendait au bout d’un fil. J’ai ouvert la vieille malle en bois où ma grand-mère, Madeleine Clarès, rangeait ses affaires. Des robes des années 50. Des lettres de mon grand-père pendant la guerre d’Algérie. Des photos en noir et blanc. Et, tout au fond, un petit cahier à couverture de cuir marron.
Je ne l’avais jamais vu auparavant. Je l’ai ouvert. L’écriture était fine, appliquée, à l’encre bleue devenue grise avec le temps. Sur la première page, il était écrit : « Cahier d’élevage associé — poules, oies, canards — Madeleine Clarès, 1952-1976. »
J’ai tourné les pages. Il y avait des schémas dessinés à la main. Des calendriers d’imprégnation pour les oisons. Des rotations de pâturage. Des plans de poulaillers mobiles. Et des phrases que ma grand-mère avait soulignées deux fois, comme pour s’en souvenir elle-même.
« Les oies mangent les adventices que les vaches refusent. Les oies nettoient les prairies. Les oies protègent les veaux des renards et des fouines. Un jars adulte est plus dissuasif qu’un chien. Une troupe d’oies est une muraille vivante. »
J’ai passé la nuit à lire. À trois heures du matin, j’avais tout dévoré, page après page. Ma grand-mère avait tenu cet élevage associé pendant vingt-quatre ans, de 1952 à 1976, l’année où mes parents s’étaient mariés et où mon père avait décidé de « moderniser » l’exploitation en supprimant la volaille.
Ce cahier, c’était un trésor. La science empirique d’une femme qui n’avait jamais fait d’études mais qui avait tout compris, par observation et par patience.
Le lendemain matin, j’ai pris une décision.
J’ai passé l’hiver à étudier le cahier de ma grand-mère. J’ai recopié les schémas. J’ai adapté les calendriers à ma ferme, à mon altitude, à mon climat. J’ai cherché des éleveurs d’oies en France. J’ai trouvé un couvoir dans le Gers, la Maison Barrau, spécialisée dans les oies de Toulouse, une race rustique, lourde, au plumage gris et blanc, réputée pour son caractère territorial et sa longévité.
En mars 2015, j’ai commandé 40 oisons et 5 jars adultes. La facture s’élevait à 720 euros. Une somme pour une exploitation qui tournait juste, mais j’avais un peu d’argent de côté, l’héritage de mon père. J’ai passé la commande par téléphone. La dame du couvoir m’a dit : « Vous êtes sûre ? C’est pour un élevage ? » J’ai répondu : « Oui, c’est pour un élevage. »
Les oisons sont arrivés le 12 avril 2015. J’étais allée les chercher à la gare de Saint-Flour dans des cartons percés, doublés de paille. Ils piaillaient doucement. Ils pesaient à peine 200 grammes chacun. Je les ai installés dans une poussinière que j’avais aménagée dans une petite grange derrière la maison, selon les plans de ma grand-mère. Lampes chauffantes. Abreuvoirs. Mangeoires. Et une chaise pliante pour moi.
Pendant six semaines, je me suis levée tous les matins à cinq heures. Je passais une heure avec les oisons, à leur parler doucement, à les nourrir à la main, à les habituer à ma voix, à ma présence. Le protocole de ma grand-mère était très précis : « L’imprégnation doit se faire entre la première et la sixième semaine. Passé ce délai, le lien ne se crée pas. Sans lien, les oies ne protègent pas le troupeau. Sans lien, elles restent des oiseaux décoratifs. »
À la troisième semaine, les oisons me suivaient déjà dans la grange comme une petite armée grise. À la cinquième, ils accouraient quand j’ouvrais la porte. À la sixième, j’ai ouvert le portillon, et je les ai conduits au pré.
Ce jour-là, il faisait beau. Un ciel immense, d’un bleu pâle de montagne, avec des nuages fins qui s’effilochaient vers l’est. J’ai marché lentement dans l’herbe encore mouillée de rosée. Derrière moi, 45 oies marchaient en file indienne, en caquetant doucement.
Mes vaches Aubrac ont levé la tête. Elles ont regardé ce cortège bizarre avec méfiance. Quelques-unes ont soufflé par les naseaux. Une génisse a reculé de trois pas.
Mais je n’ai pas arrêté de marcher. J’ai fait le tour du pré du sud, celui qui borde l’étang, là où l’herbe est la plus grasse et où les chardons commençaient déjà à monter. Les oies m’ont suivie, sans une hésitation.
Au bout d’une heure, je me suis assise sur une pierre plate au bord de l’eau. Les oies se sont dispersées autour de moi, certaines picorant déjà les jeunes pousses de rumex, d’autres s’aventurant vers les vaches avec une curiosité paisible.
C’est à ce moment-là que j’ai entendu un moteur. Une camionnette blanche s’était arrêtée sur la route, de l’autre côté de la clôture. J’ai reconnu la silhouette de Jacques Marceau au volant. Il avait baissé sa vitre. Il regardait le pré sans bouger.
Je me suis levée. J’ai marché jusqu’à la clôture.
« Bonjour, monsieur Marceau. »
Il n’a pas répondu tout de suite. Il fixait les oies.
« Qu’est-ce que c’est que ça, Clémentine ? »
« Des oies de Toulouse. »
Un long silence. Puis il a secoué la tête, lentement, comme devant un accident de voiture dont on détourne les yeux.
« Ton père doit se retourner dans sa tombe. »
Il a remonté sa vitre. La camionnette a redémarré dans un nuage de poussière.
Je suis restée debout devant la clôture, les mains dans les poches de ma veste de travail. Les oies caquetaient derrière moi. Les vaches broutaient plus loin, paisibles. Et moi, je me répétais en boucle la phrase que ma grand-mère avait écrite à la dernière page de son cahier :
« Ils riront. Ils riront tous. Jusqu’au jour où ils ne pourront plus. »
Je ne savais pas encore à quel point elle avait raison.
PARTIE 2
L’automne 2015 est arrivé avec les premières gelées et les plaisanteries qui continuaient de courir dans la vallée. Chaque fois que j’allais à Saint-Flour, je les sentais derrière les regards. Au Café de la Place, on ne m’adressait plus directement la parole, mais les silences étaient plus lourds encore que les rires de l’année précédente.
Je n’allais plus au café. J’y renonçai après un samedi de novembre où, en entrant pour acheter du pain à la boulangerie attenante, j’avais entendu Jacques Marceau dire à un homme que je ne connaissais pas :
« Elle s’enferme avec ses bestioles. Le résultat, c’est qu’elle n’a plus un copain dans le coin. Et ses bêtes, je te le dis, elles vont crever de faim cet hiver. Les oies, ça bouffe plus que ça ne rapporte. »
J’étais ressortie sans prendre mon pain. Les jours suivants, j’avais évité le bourg. Je faisais mes courses au petit Casino de la zone commerciale à l’entrée de Saint-Flour, là où personne ne me connaissait vraiment. Le reste du temps, je travaillais sur la ferme du matin à la nuit.
Les oies avaient maintenant sept mois. Elles étaient devenues des animaux imposants, presque aussi hautes que mes genoux, le plumage gris barré de blanc, le bec orange vif, les yeux perçants. Les jars pesaient plus de neuf kilos. Les femelles, un peu moins, mais leur voix portait à trois cents mètres quand un étranger approchait du pré.
Ma grand-mère l’avait écrit dans le cahier, en caractères un peu tremblés à la page 38 : « Le jars dressé est un chien qui ne dort jamais. Il entend ce que l’homme n’entend pas. Il voit dans le noir ce que la vache ne voit pas. Il ne fuit pas. Il charge. »
Et je commençais à le constater. Pas un renard ne s’approchait plus de la ferme. La forêt domaniale était pourtant pleine de leurs pistes. Les matins de gel, quand je sortais pour la traite, je voyais des empreintes dans la boue glacée le long de la route. Mais au niveau de ma clôture, elles bifurquaient net, comme si quelque chose les avait repoussées.
Les oies dormaient en formation autour de l’étable la nuit. La journée, elles se répartissaient en deux groupes : un groupe suivait les vaches au pré du sud, l’autre patrouillait près des bâtiments. Les vaches, qui au début s’écartaient nerveusement, s’étaient habituées. Certaines génisses venaient même se placer près des oies quand elles se couchaient pour ruminer.
Un matin de décembre, mon frère Théo est venu de Toulouse pour une visite éclair. Il voulait me parler. On s’est assis dans la cuisine, devant deux bols de café. Théo a toujours eu le visage de notre père : des traits épais, des yeux très bruns, un front large. Il avait mis une chemise propre, comme s’il venait pour un rendez-vous professionnel.
« Clémentine, je suis venu parce que je m’inquiète. »
Je n’ai rien répondu. J’attendais.
« J’ai eu Jacques Marceau au téléphone. Il m’a dit que tu avais perdu la boussole. Que tu avais investi dans des oies, que tu te comportais bizarrement. Il m’a dit que tu risquais de tout perdre. »
Il s’est arrêté. Il a remué son café.
« Qu’est-ce que tu lui as répondu ? » ai-je demandé.
« Rien. Mais je lui ai promis que je viendrais te parler. »
Je me suis levée. J’ai pris le cahier en cuir sur l’étagère de la cheminée, là où je le gardais maintenant, à côté de la photo de ma grand-mère. Je l’ai posé sur la table devant mon frère.
« Ouvre-le. »
Il a hésité, puis il a ouvert le cahier. Il a lu les premières pages en silence. Son front s’est plissé. Il a tourné encore quelques pages. Puis il a refermé le cahier et l’a reposé doucement.
« C’est Mamie qui a écrit ça ? »
« Oui. »
« Et tu crois là-dedans ? »
« Je ne crois pas. Je vérifie. Et pour l’instant, tout se passe comme elle l’a décrit. »
Théo a hoché la tête lentement. Il n’était pas convaincu, mais il n’était plus hostile. Avant de repartir dans l’après-midi, il m’a serrée dans ses bras un peu plus longtemps que d’habitude. Il m’a dit :
« Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu m’appelles. »
Je n’ai pas eu besoin de l’appeler. Le véritable test est venu en février 2016.
Les vêlages ont commencé dans la nuit du 19 février. Une génisse de trois ans, Brune, a donné naissance à un petit veau mâle, un peu chétif, sous une pluie glacée qui s’est transformée en neige fondue vers deux heures du matin. J’étais restée dehors pour aider, une lampe frontale vissée sur le crâne, les mains pleines de fluides, et les oies étaient là. Elles s’étaient placées en cercle autour de la génisse, à bonne distance, le dos tourné vers l’extérieur. Le jars chef, un mâle que j’avais nommé César dans le cahier de suivi, se tenait face à la forêt. Il n’a pas bougé de toute la nuit.
Le veau a tenu bon. À l’aube, il tétait debout. J’étais épuisée mais heureuse. Je suis rentrée me faire un café, et c’est en allant vérifier les clôtures à huit heures que j’ai vu les traces.
Une piste de renard. Elle remontait de la forêt, suivait la rivière sur deux cents mètres, puis s’arrêtait net à l’endroit où le pré du sud rejoint la clôture. Là, les traces faisaient demi-tour, profondes, comme si l’animal avait détalé précipitamment. Dans la terre molle, des plumes grises. Quelques gouttes de sang. Et des empreintes d’oies en formation serrée.
Le renard avait essayé. Il avait été repoussé. Mon cœur battait vite, mais j’ai gardé mon calme et j’ai tout noté dans le cahier. À la date du 20 février 2016, j’ai écrit : « Première défense active du troupeau par les oies. Renard repoussé. Aucun veau blessé. »
Les semaines suivantes, le schéma s’est répété. Trois tentatives de prédation nocturne, trois fois les oies sont intervenues. Un blaireau est venu une nuit rôder autour de l’étable ; au matin, il est reparti avec une aile de jar dans le museau. Un renard plus téméraire a réussi à s’introduire dans le pré du nord, mais il a été encerclé par les oies et s’est enfui avant d’atteindre les veaux.
Pendant ce temps, les pertes chez mes voisins s’accumulaient. Le printemps 2016 a été un désastre dans toute la vallée de la Truyère. Les pluies incessantes de mars avaient affaibli les mères, et les renards, poussés par la faim après un hiver doux qui avait fait pulluler les rongeurs avant que les crues ne les déciment, se jetaient sur les élevages. Le journal local, « La Montagne », parlait d’une « année noire pour l’élevage cantalien ». Des chiffres circulaient au marché de Saint-Flour : quinze veaux perdus chez les Marceau, vingt-deux chez les Raynal, neuf chez les Delteil.
Moi, je n’en avais perdu aucun.
Un matin d’avril, le vétérinaire, le docteur Simon Lacaze, est passé pour les vaccinations obligatoires. C’était un homme d’une cinquantaine d’années, costaud, avec des mains épaisses et un regard calme. Il connaissait la ferme depuis trente ans. Il a fait son travail en silence, examiné les veaux, noté les numéros de boucle. Quand il a eu fini, il a rangé son matériel dans sa sacoche, puis il s’est arrêté devant le pré du sud où les oies se déplaçaient lentement autour des vaches.
« C’est vous qui avez fait ça ? » demanda-t-il en désignant les oies.
« Oui. »
Il a regardé encore un moment, puis il a dit :
« J’ai vu des choses dans ma carrière, mais jamais ça. »
Il n’a rien ajouté. Mais en partant, il m’a serré la main plus longuement que d’habitude. J’ai compris qu’il ne me prendrait pas pour une folle.
Pourtant, la rumeur continuait. Au syndicat des éleveurs, Jacques Marceau tenait des discours chaque mois. Il disait que les oies de la petite Clarès n’étaient qu’une coïncidence, une lubie qui finirait mal. Il disait que c’était un manque de respect envers les anciens, envers son père qui avait toujours monté un élevage sérieux, sans volaille. Il disait qu’il suffirait d’une épidémie, d’une grippe aviaire, pour que tout le troupeau soit abattu et que la ferme coule.
Mais les éleveurs commençaient à douter. Certains m’appelaient en secret, le soir, pour me poser des questions. Des voix d’hommes que je reconnaissais à peine. « Dis donc, Clémentine, c’est vrai ce qu’on raconte, que t’as pas perdu un seul veau ? Comment tu fais ? » Je répondais calmement. Je parlais du système de ma grand-mère, du pâturage tournant, de la protection anti-prédateurs. La plupart m’écoutaient poliment mais n’en faisaient rien. Ils avaient peur du regard de Marceau.
Le vrai tournant est arrivé en septembre 2016, avec la visite surprise de Romain Barrière.
Romain était un éleveur de Salers, une race de vaches rouges à cornes longues, installé à quinze kilomètres de chez moi, sur la commune de Valuéjols. Un homme d’une quarantaine d’années, avec des épaules de bûcheron et un visage buriné par le vent. Il était venu un soir, à la tombée du jour, sans prévenir. Il s’était garé sur le chemin et m’avait attendue à la clôture. Je l’avais vu de loin, silhouette massive appuyée contre sa voiture, le chapeau enfoncé sur les yeux.
Quand je me suis approchée, il a soulevé son chapeau et a dit d’une voix éraillée :
« Clémentine, je viens en douce. J’ai perdu neuf veaux ce printemps. J’en peux plus. Je vais mettre la clé sous la porte si ça continue. J’ai entendu dire que chez toi, rien n’est mort. »
Il a jeté un coup d’œil aux oies qui rentraient vers l’étable en file indienne.
« Montre-moi comment tu fais. »
Je l’ai fait entrer. Nous avons marché dans le pré pendant une heure, à la lueur de ma lampe torche. Il a observé le placement des oies, les abris mobiles que j’avais construits, le calendrier d’imprégnation que j’avais affiché dans la grange. Il a posé des questions très pratiques : combien d’oies par hectare, comment les nourrir l’hiver, est-ce qu’elles mangent vraiment les chardons comme on le dit.
Avant de repartir, il m’a dit :
« J’aimerais essayer. Si tu veux bien m’aider. »
Je n’ai pas hésité. J’ai accepté. Je lui ai promis de lui fournir vingt oisons au printemps suivant, avec le protocole d’imprégnation, et de venir l’épauler les premières semaines.
Ce soir-là, pour la première fois depuis des mois, je n’ai pas eu peur en éteignant la lumière. J’ai pensé à ma grand-mère. Elle avait tenu tête au monde entier avec ses oies. Maintenant, quelqu’un d’autre voulait essayer. Et peut-être, dans quelques années, beaucoup d’autres.
PARTIE 3
Le printemps 2017 est arrivé avec son cortège de naissances et de promesses. Romain Barrière avait reçu ses vingt oisons début avril. J’étais allée trois fois chez lui, à Valuéjols, pour l’aider à aménager sa poussinière et à suivre le protocole d’imprégnation. Il était appliqué, presque religieux. Il notait tout dans un carnet neuf qu’il avait acheté exprès.
« Tu sais, Clémentine, m’avait-il dit un matin en me servant un café dans sa cuisine, j’ai jamais vu mon père écrire une ligne de sa vie. Moi, j’ai cinquante-deux ans et je viens juste de comprendre qu’on perdait parce qu’on refusait d’apprendre. »
Sa femme, une brune énergique qui s’appelait Nathalie, était venue nous rejoindre. Elle avait écouté sans rien dire, puis elle avait posé sa main sur l’épaule de son mari. J’avais senti que quelque chose était en train de changer, pas seulement chez eux, mais dans l’air de la vallée.
Pourtant, la résistance ne désarmait pas. Jacques Marceau avait été réélu président du syndicat des éleveurs en mars 2017 avec une majorité écrasante. Dans son discours de réélection, il avait glissé une phrase que plusieurs personnes m’avaient rapportée :
« Certains voudraient nous faire revenir au Moyen Âge, avec des volailles dans les pâtures et des recettes de grand-mère. Nous, on défend l’élevage moderne, scientifique, rentable. »
Le mot « scientifique » m’avait fait sourire. Ma grand-mère n’avait jamais mis les pieds dans un laboratoire, mais son cahier contenait plus de science empirique que tous les discours du syndicat réunis. Les chardons reculaient dans mes prés. Le sol redevenait meuble, parcouru de vers de terre. Les oies, en grattant la surface pour manger les larves d’insectes, aéraient naturellement la terre. Les bouses des vaches, décomposées plus vite par l’activité biologique, nourrissaient l’herbe au lieu de l’étouffer.
Un après-midi de juin, j’ai reçu un appel inattendu. Une voix de femme, jeune, un peu hésitante.
« Madame Clarès ? Je m’appelle Delphine Souchon. Je suis journaliste à ‘La Montagne’. On m’a parlé de votre élevage. Est-ce que je pourrais venir vous rencontrer ? »
J’ai failli refuser. Je n’avais aucune envie d’attirer davantage l’attention. Les moqueries s’étaient calmées, mais je savais qu’un article pourrait les raviver. Et puis j’ai pensé au cahier de ma grand-mère. Elle n’avait jamais cherché la publicité, mais elle n’avait jamais caché ce qu’elle faisait non plus.
« Venez demain, si vous voulez. »
Delphine Souchon est arrivée le lendemain à dix heures du matin. Elle devait avoir mon âge, trente ans peut-être, des cheveux châtains coupés court, un carnet à spirale à la main et un appareil photo en bandoulière. Elle portait des chaussures de marche usées. Elle n’avait pas l’air d’une journaliste parisienne en reportage à la campagne. Elle avait l’air de quelqu’un qui comprend le terrain.
On a marché dans le pré du sud pendant deux heures. Elle posait des questions très techniques. Comment fonctionnait la rotation des pâtures ? Quel était l’impact des oies sur la flore adventice ? Avais-je mesuré la diminution des pertes de veaux ? Comment les vaches réagissaient-elles à la présence permanente des oies ?
Je répondais en citant le cahier, en montrant les parcelles, en expliquant l’effet dissuasif des jars sur les renards. Elle notait, photographiait, s’arrêtait parfois pour observer les oies se déplacer en formation autour des vaches.
À la fin de la visite, elle a rangé son carnet et a dit :
« Je vais écrire un article. Mais je ne vais pas le publier tout de suite. Je veux revenir dans six mois, puis dans un an. Je veux voir l’évolution sur la durée. Parce que ce que vous faites ici, c’est peut-être une réponse à des problèmes qui dépassent largement votre vallée. »
Elle est partie en fin d’après-midi. Je l’ai regardée s’éloigner sur la route de Saint-Flour. Pour la première fois depuis longtemps, j’avais le sentiment que mon travail était vu pour ce qu’il était, et pas pour ce que les gens voulaient en raconter.
L’été 2017 a été chaud et sec. Pas une canicule, mais des semaines sans pluie qui ont commencé à inquiéter tout le monde. En août, les prairies non irriguées jaunissaient. Les éleveurs complémentaient déjà en foin, alors qu’on n’était même pas en septembre. Les chardons explosaient dans les parcelles les plus fragiles. Les rumex montaient en graines partout où l’herbe avait souffert.
Chez moi, les parcelles tenaient bon. Les oies avaient nettoyé les adventices au printemps, avant qu’elles ne prennent le dessus. L’herbe était rase mais dense. Le sol gardait l’humidité. Autour de l’étang, les saules que mon père avait plantés trente ans plus tôt faisaient de l’ombre, et les vaches s’y rassemblaient aux heures chaudes, toujours flanquées des oies.
Romain Barrière m’appelait régulièrement. Ses oies étaient en plein travail. Il avait perdu un seul veau depuis qu’il les avait mises au pré, contre neuf l’année précédente. Sa voix au téléphone avait changé. Elle n’était plus celle d’un homme acculé. C’était la voix de quelqu’un qui avait retrouvé du souffle.
« Clémentine, je vais t’envoyer des éleveurs. J’en connais trois qui sont au bord du gouffre. Ils veulent essayer. Tu acceptes ? »
J’ai accepté. En septembre, trois nouveaux éleveurs sont venus me voir. L’un d’eux, un homme de soixante ans nommé Gérard Teyssier, avait passé sa vie à moquer les méthodes alternatives. Il est resté deux heures debout devant mon pré du sud, les mains dans les poches, sans presque rien dire. En partant, il a juste murmuré :
« Je crois que j’ai été idiot pendant quarante ans. »
L’article de Delphine Souchon est paru dans « La Montagne » le 12 novembre 2017. Il s’intitulait : « Dans le Cantal, une éleveuse réinvente l’élevage avec des oies. » Il faisait trois pages, avec des photos de mes vaches, de mes oies, du cahier de ma grand-mère. Il citait mes résultats, mes pertes nulles, l’amélioration de mes sols. Il citait aussi Romain Barrière, qui témoignait de sa propre expérience.
L’effet a été immédiat. Le téléphone a sonné sans arrêt pendant une semaine. Des éleveurs du Cantal, bien sûr, mais aussi de l’Aveyron, de la Lozère, de la Haute-Loire. Des inconnus qui me demandaient si je pouvais les aider, si je vendais des oisons, si je faisais des formations.
Jacques Marceau a réagi trois jours après la parution. Il a publié un communiqué dans le bulletin du syndicat, titré : « Ne cédons pas aux modes. » Il y parlait de « résultats non reproductibles », de « biais de confirmation », de « risque sanitaire ». Il ne me nommait pas, mais tout le monde comprenait de qui il parlait.
Le plus étonnant, c’est que son propre fils, Lucas Marceau, m’a appelée une semaine plus tard.
Il avait trente-cinq ans. Il travaillait sur l’exploitation familiale depuis dix ans, dans l’ombre de son père. Sa voix au téléphone était tendue, presque coupable.
« Madame Clarès, je ne devrais pas vous appeler. Mon père serait furieux. Mais j’ai lu l’article. Et je suis allé voir Romain Barrière. J’ai vu ses prés. J’ai vu ses bêtes. On perd de l’argent chez nous. On en perd depuis cinq ans. Et mon père refuse de changer quoi que ce soit. »
Il a marqué un silence. Puis :
« Je ne peux pas faire venir des oies chez nous, pas tant que mon père commande. Mais je peux venir apprendre. Si vous voulez bien me montrer. »
Je lui ai donné rendez-vous un samedi de décembre. Il est venu en voiture, garée loin de la ferme, et il est monté à pied par le chemin de terre. Il portait une veste sans marque, un bonnet enfoncé sur les yeux. Il avait le regard de quelqu’un qui se cache.
On a passé la matinée ensemble. Il a posé beaucoup de questions. Il a pris des notes dans un petit calepin. À midi, je lui ai offert un morceau de fromage et du pain dans la cuisine. Il m’a parlé de son père, de l’exploitation qui déclinait, des dettes qui s’accumulaient. Il avait une femme et deux enfants. Il ne voulait pas partir, mais il ne supportait plus l’immobilisme.
« Vous savez ce que mon père m’a dit hier ? Que les oies, c’était bon pour les hippies et les retraités. Que ça n’avait pas sa place dans un élevage digne de ce nom. »
Il a secoué la tête, les yeux brillants de colère contenue.
« Un élevage digne de ce nom. On a perdu dix-huit veaux l’an dernier. Dix-huit ! Et lui, il parle de dignité. »
Avant de partir, Lucas m’a serré la main avec une force presque désespérée.
« Je reviendrai. Et un jour, je convaincrai mon père. Ou je reprendrai seul. »
L’année 2018 s’est ouverte sur une météo exécrable. Janvier et février ont été marqués par des pluies verglaçantes qui ont rendu les pâtures impraticables. Les vêlages ont été difficiles partout dans le Cantal. Des veaux naissaient en pleine bourrasque. Les mères s’épuisaient. Les renards, poussés par la faim, devenaient plus audacieux que jamais.
Chez Jacques Marceau, la situation a tourné au désastre. Le journal local a rapporté que l’exploitation avait perdu vingt-deux veaux en deux mois. Vingt-deux. Un chiffre qui faisait le tour des fermes et des marchés. Lucas m’a appelée un soir, la voix brisée.
« Mon père ne dort plus. Il ne parle presque plus. Il reste assis dans la cuisine à regarder les factures. Ma mère pleure. Les banques menacent de ne pas renouveler les prêts. »
Il a respiré fort. J’entendais qu’il était dehors, peut-être dans la grange, à l’abri des oreilles.
« Je suis venu vous demander quelque chose. Si jamais on doit sauver l’exploitation, est-ce que vous m’aiderez ? »
« Oui. »
« Même si mon père s’y oppose ? »
« Oui. Parce que ce n’est plus une question de fierté. C’est une question de survie. »
Un long silence a suivi. Puis Lucas a raccroché sans dire au revoir. Je suis restée longtemps assise près du feu, le téléphone encore à la main, à réfléchir à tout ce qui nous avait menés jusque-là. Le cahier de ma grand-mère, les rires au café, les années de solitude, et maintenant ce jeune homme qui osait défier son père pour sauver la ferme familiale.
Dehors, les oies dormaient en cercle autour de l’étable. Le vent soufflait sur les montagnes, et quelque chose dans l’air me disait que l’année 2018 serait celle où tout basculerait.
PARTIE 4
La crise a éclaté en mars 2018, par un matin de gel noir. Lucas Marceau s’est présenté à la ferme avant le lever du jour. Il n’avait pas appelé. Il est sorti de sa voiture les traits tirés, les yeux rouges, une enveloppe kraft à la main.
Je l’ai fait entrer. Dans la cuisine, il a posé l’enveloppe sur la table et l’a ouverte. C’était une lettre de la banque. Un refus de prêt pour la campagne à venir.
« On est coincés, Clémentine. Mon père a passé la nuit à pleurer dans la grange. Ma mère m’a supplié de faire quelque chose. »
Il a serré les poings, la mâchoire contractée.
« Je prends la décision. Je vais commander quarante oisons. Avec ou sans l’accord de mon père. Mais j’ai besoin de vous pour l’imprégnation. »
Nous avons passé la matinée à préparer un plan. Lucas avait un petit local inutilisé derrière la stabulation, qui pouvait servir de poussinière. Il avait un peu d’argent de côté, prêté par sa belle-famille. Je lui ai promis les oisons pour avril, et tout mon accompagnement.
Quand Jacques Marceau l’a appris, il est entré dans une colère terrible. Lucas m’a raconté plus tard la scène : son père hurlant dans la cuisine, renversant une chaise, l’accusant de trahir quatre générations d’éleveurs. Puis soudain, il s’est tu. Il s’est assis, le visage effondré, et il a murmuré : « J’ai peut-être eu tort. »
Les oisons sont arrivés chez les Marceau le 10 avril 2018. J’y suis allée tous les jours pendant six semaines. Lucas suivait le protocole à la lettre. Jacques, lui, restait à distance, les mains derrière le dos, observant sans rien dire. Un matin, je l’ai vu ramasser une plume tombée dans la cour et la glisser dans sa poche. Comme un talisman.
Les années ont passé. Les oies des Marceau ont fait leur travail. Les pertes de veaux ont chuté dès la première année. Les prairies ont reverdi. Le sol a repris vie. Lucas a modernisé l’exploitation sans renier le système. En 2020, il a présenté les résultats au syndicat des éleveurs. C’est son père, Jacques, assis au premier rang, qui a applaudi le premier.
Romain Barrière, de son côté, est devenu un fervent défenseur de la méthode. Gérard Teyssier, l’ancien moqueur, a converti toute sa ferme et ne jure plus que par les oies. Delphine Souchon a publié un livre en 2022 : « Des ailes dans les pâtures », avec un chapitre entier sur la ferme des Clarès et le cahier de ma grand-mère.
Le syndicat m’a invitée à donner une conférence en octobre 2023. La salle des fêtes de Saint-Flour était pleine. Plus de deux cents éleveurs étaient venus, certains de très loin. J’ai parlé une heure, le cahier en cuir posé devant moi. À la fin, Jacques Marceau s’est levé. Il s’est approché du micro. Sa voix tremblait un peu.
« Clémentine, j’ai été votre adversaire le plus acharné. J’ai ri de vous, j’ai essayé de vous discréditer. Aujourd’hui, je vous dois tout. Mon exploitation est sauvée. Mon fils est heureux. Et je sais que votre grand-mère serait fière. »
Il a sorti de sa poche une petite plume grise. Il l’a posée sur la table, à côté du cahier.
« Je vous demande pardon. »
La salle était silencieuse. J’ai pris la plume et l’ai glissée entre les pages du cahier. Puis j’ai dit simplement : « Ma grand-mère vous avait pardonné d’avance. Elle savait que la vérité prend du temps. »
Ce soir-là, je suis rentrée à la ferme sous un ciel immense étoilé. Les oies dormaient en cercle autour de l’étable, comme chaque nuit depuis toutes ces années. J’ai allumé la lampe de la cuisine, ouvert le cahier à la dernière page, et j’ai écrit au crayon, sous la dernière phrase de ma grand-mère :
« Ils ont arrêté de rire. Les oies sont entrées dans les fermes, et avec elles, un peu de sagesse ancienne. Tout ce que ma grand-mère avait consigné est devenu un héritage vivant. Il n’est jamais trop tard pour écouter celles qui savaient. »
FIN.
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