Il pensait que j’étais fauchée et malade. Alors il m’a jetée dehors sans un regard en arrière. Mais ce qu’il a découvert 3 jours plus tard a changé sa vie à jamais.

Partie 1

Il y a trois jours, mon mari m’a regardée droit dans les yeux pendant que je brûlais de fièvre et m’a dit : « Dégage de ma maison, espèce de poids mort. » Il pensait que j’étais fauchée. Il pensait que je n’étais rien. Il avait totalement, absolument tort. Mais avant de vous raconter comment je l’ai fait regretter chaque syllabe sortie de sa bouche immonde, laissez-moi vous ramener là où tout a commencé, dans le silence glacial de notre chambre à Lyon.

Le monde s’était rétréci aux dimensions de ce lit. Un lit immense, autrefois symbole de notre union, maintenant une île de misère sur laquelle j’étais échouée. Dehors, la vie lyonnaise continuait son cours, les bruits feutrés de la ville parvenant à peine jusqu’à moi, étouffés par les doubles vitrages de notre appartement cossu des Brotteaux. Mais à l’intérieur de ces quatre murs, le seul son qui comptait était le battement sourd et irrégulier de mon propre cœur, et le tic-tac incessant de la vieille horloge comtoise dans le salon. Tic-tac. Chaque seconde martelée était une goutte de plus dans le vase de ma solitude.

J’avais 40°. C’était le chiffre que le thermomètre avait affiché ce matin, avant que mes mains ne se mettent à trembler si fort que je l’avais laissé tomber. La fièvre était une bête sauvage, un prédateur qui me dévorait de l’intérieur. Elle me glaçait les os jusqu’à la moelle, provoquant des frissons si violents que mes dents s’entrechoquaient, pour ensuite me jeter dans une fournaise, la sueur perlant sur mon front et coulant dans mes cheveux, trempant l’oreiller en soie que Damien m’avait offert pour notre dernier anniversaire. Un cadeau magnifique, mais vide de sens. Un objet de luxe pour décorer la vie de “sa femme”.

Ma tête était un étau. Une douleur lancinante pulsait derrière mes yeux, irradiant dans mes tempes, si intense que la moindre lueur me semblait une agression. J’avais tiré les lourds rideaux de velours, plongeant la pièce dans une obscurité quasi totale, mais même dans cette pénombre, la douleur persistait, sourde et implacable. Avaler était une torture. Ma gorge était enflammée, sèche, comme si j’avais avalé du papier de verre. Chaque inspiration était une lame de couteau qui s’enfonçait dans ma poitrine, me coupant le souffle. J’étais faible, si faible. Le simple fait de me tourner sur le côté me demandait un effort colossal, me laissant pantelante, le cœur battant la chamade.

J’étais clouée au lit comme ça depuis deux jours. Deux jours d’enfer, où le temps se dilatait et se contractait au gré des vagues de fièvre. Deux jours durant lesquels mon mari, Damien, avait à peine franchi le seuil de cette chambre.

Ce matin-là, vers 8 heures, je l’avais entendu se préparer pour le travail. Le bruit de la douche, le bourdonnement de son rasoir électrique, le cliquetis de ses boutons de manchette. Il était entré brièvement, s’arrêtant au pied du lit, déjà vêtu de son costume impeccable. L’odeur de son eau de Cologne coûteuse avait envahi l’espace, un parfum frais et boisé qui contrastait violemment avec l’odeur de maladie qui m’entourait.

« Damien… » avais-je réussi à articuler, ma voix n’étant qu’un murmure rauque.

Il avait levé les yeux de son téléphone, une lueur d’impatience dans son regard. « Quoi encore ? »

« Je… je n’ai plus de Doliprane. Et je pense qu’il me faut des antibiotiques. Je me sens vraiment mal. Tu pourrais passer à la pharmacie en rentrant ce soir ? S’il te plaît. »

Une demande simple, n’est-ce pas ? Une requête normale d’une femme à l’homme qui a juré de prendre soin d’elle, “pour le meilleur et pour le pire”. Il avait eu un soupir agacé, un son qui m’était devenu bien trop familier. « On verra. J’ai une journée chargée. Un dîner d’affaires ce soir. Ne m’attends pas. » Il n’avait pas demandé comment je me sentais. Il n’avait pas posé sa main sur mon front. Il n’avait pas eu un seul mot de réconfort. Il était sorti de la chambre, et quelques minutes plus tard, j’avais entendu le bruit puissant de sa BMW quittant le garage.

Et maintenant, il était minuit passé. Le dîner d’affaires était une excuse que je ne croyais plus. La maison était d’un silence de mort. Un silence pesant, plein de non-dits et de ressentiments accumulés. Seule l’horloge continuait son monologue impitoyable. Tic-tac. Comme si elle comptait les derniers instants de ma patience, ou peut-être, les derniers instants de notre mariage.

La soif me brûlait la gorge. Le verre d’eau que j’avais posé sur ma table de nuit des heures auparavant me semblait à des kilomètres. J’ai tendu la main, mon bras tremblant sous l’effort. Mes doigts, gourds et malhabiles, ont effleuré le verre. Il a vacillé, puis a glissé, s’écrasant dans un bruit sourd sur l’épais tapis persan. L’eau s’est répandue en une tache sombre, absorbée par la laine. Et tout ce que j’ai pu faire, c’était de rester là, impuissante, à fixer le plafond dans l’obscurité, les larmes me montant aux yeux. Des larmes de frustration, de douleur, mais surtout, d’une profonde et amère solitude.

Où était-il ? Où était l’homme que j’avais épousé ?

Mon esprit, embrumé par la fièvre, a dérivé. Il a flotté loin de cette chambre luxueuse, loin de cette solitude glaciale, pour retourner en arrière, des années en arrière. Je nous ai revus, Damien et moi, dans notre premier appartement à la Croix-Rousse. C’était minuscule, avec une cuisine si petite qu’on ne pouvait pas s’y tenir à deux. Mais c’était notre chez-nous. Les murs étaient couverts de nos photos, de nos rêves. Je me souviens d’une fois où j’avais attrapé une simple grippe. Rien de grave, mais Damien avait agi comme si le monde allait s’arrêter. Il avait pris un jour de congé, m’avait préparé un bouillon de poule dont il avait le secret, m’avait bordée dans le canapé avec toutes les couvertures de l’appartement et avait passé la journée à me lire des romans à voix haute, imitant les voix des personnages, me faisant rire malgré ma gorge douloureuse. Cet homme-là, où était-il passé ?

Damien avait changé. Mon Dieu, comme il avait changé. Le tournant avait été sa promotion, il y a un an. Chef de service dans une grande société financière de la Part-Dieu. Le salaire avait doublé, puis triplé avec les bonus. Et avec l’argent, l’arrogance était venue. Soudain, notre appartement n’était plus assez bien. Il fallait déménager aux Brotteaux. Mes amis n’étaient plus assez bien. Il les trouvait “simples”, “sans ambition”. Même moi, je n’étais plus assez bien.

Il a commencé à rentrer tard. Au début, c’étaient des “dîners d’affaires”, des “réunions qui s’éternisent”. Puis, il a arrêté de donner des excuses. Il rentrait à 3 ou 4 heures du matin, l’odeur d’un parfum féminin qui n’était pas le mien flottant sur ses vêtements. Quand j’osais poser une question, il explosait. Il me reprochait tout. La maison n’était pas assez bien tenue. Le dîner que j’avais passé des heures à préparer n’était pas assez raffiné. J’étais devenue trop prévisible. Trop ennuyeuse.

Puis, il y a trois mois, ma santé a commencé à décliner. Une toux persistante, une fatigue chronique que le sommeil ne parvenait pas à dissiper. Les médecins ne trouvaient rien de précis. “Peut-être le stress”, disaient-ils. Au lieu de s’inquiéter, Damien a semblé y trouver une nouvelle source de mépris. Il a commencé à m’appeler “la femme maladive”. “Alors, la femme maladive, tu as encore une nouvelle douleur aujourd’hui ?”, me lançait-il le matin avec un sourire narquois. “Fais attention, tu vas finir par te désintégrer”, ricanait-il le soir en me voyant prendre un cachet pour mes maux de tête. Chaque mot était une petite entaille, une blessure invisible qui s’ajoutait aux autres.

Il semblait avoir tout oublié. Tout ce que j’avais fait pour lui. Il avait oublié les années où il n’était rien, où nous n’avions rien. Il avait oublié ce soir où il avait perdu son premier emploi et avait passé six mois sur le canapé, déprimé, en colère contre le monde entier. C’est moi qui étais là. C’est moi qui ai trouvé un deuxième petit boulot pour qu’on puisse payer le loyer. C’est moi qui le serrais dans mes bras la nuit quand il pleurait en silence, persuadé d’être un raté. C’est moi qui ai cru en lui quand il ne croyait plus en lui-même. Je lui avais tout donné : mon amour, mon soutien, ma jeunesse. Et maintenant, tout cela ne valait plus rien.

C’est alors que je l’ai entendu. Le rugissement familier du moteur de sa BMW série 7, se garant dans l’allée. Enfin. Malgré tout, malgré la colère et la tristesse, une petite vague de soulagement m’a submergée. Il était à la maison. Il était peut-être allé à la pharmacie de garde. L’espoir est une chose tenace et stupide. J’ai rassemblé mes forces, j’ai lutté contre la douleur et le vertige, et je me suis redressée, m’adossant péniblement contre la tête de lit en bois massif. J’ai attendu, le cœur battant un peu plus vite. J’ai attendu qu’il ouvre la porte et m’apporte ce dont j’avais désespérément besoin.

La porte d’entrée a claqué. Pas fermée doucement, mais claquée avec une violence qui a fait vibrer les murs. Mon espoir s’est éteint aussi sec. Puis j’ai entendu des pas dans le couloir. Des pas lourds, rapides, furieux. Ce n’étaient pas les pas d’un homme inquiet pour sa femme malade. C’étaient les pas d’un homme enragé. Mais pourquoi ? Je n’en avais aucune idée.

La porte de la chambre s’est ouverte à la volée, heurtant le mur dans un bruit sec qui m’a fait sursauter.

Et il était là. Damien. Un mètre quatre-vingt-cinq de pure arrogance. Il portait sa chemise de créateur, déboutonnée au col, les cheveux parfaitement coiffés, son visage toujours aussi beau. Mais le regard dans ses yeux… C’était quelque chose que je n’avais jamais vu. Pas de la colère. Pas de l’agacement. C’était de la haine. Une haine pure, froide, venimeuse. Une haine qui me glaçait le sang plus que la fièvre.

Et dans ses mains, il n’y avait aucun sac de pharmacie. Aucun signe de médicament. Juste une épaisse chemise cartonnée marron, d’aspect très officiel.

« Damien, » ai-je murmuré, ma voix un filet d’air. Ma gorge me faisait si mal. « Où… où sont mes médicaments ? J’ai si mal à la tête, chéri. J’ai de la fièvre. »

Il a ri. Il a vraiment ri. Ce n’était pas un rire joyeux. C’était le son le plus horrible, le plus cruel que j’aie jamais entendu. Un son qui semblait se moquer de toutes les années que nous avions partagées, de tout l’amour que je lui avais porté.

« Des médicaments ? » a-t-il répété, sa voix suintant le mépris le plus total. « J’ai apporté quelque chose de bien mieux que des médicaments. Ça, c’est un remède pour nous deux. La guérison de ma vie. »

Il a traversé la pièce d’un pas décidé et a jeté le dossier sur le lit. Il a atterri lourdement sur mes jambes. L’impact, même à travers la couette, m’a semblé d’une violence inouïe. Je suis restée là, à le fixer, mon cerveau embrumé par la fièvre luttant pour comprendre. Un contrat ? Des papiers de la banque ?

« Qu’est-ce que c’est, chéri ? » ai-je demandé, le mot “chéri” sonnant faux et pathétique même à mes propres oreilles.

« Ouvre-le si tu ne veux pas mourir de curiosité avant de mourir de maladie », a-t-il dit froidement, chaque mot une gifle.

Avec des doigts tremblants et glacés, j’ai attrapé la chemise cartonnée. Elle était rigide, officielle. Mes mains ne coopéraient pas. La fièvre et le choc les rendaient faibles et maladroites. J’ai lutté pour défaire l’élastique qui la maintenait fermée. Finalement, j’y suis parvenue et j’ai sorti la liasse de papiers qu’elle contenait.

Le papier était épais, de qualité. En haut de la première page, en lettres grasses, capitales, deux mots étaient imprimés. Deux mots qui ont arrêté le temps. Qui ont arrêté mon cœur, ma respiration.

REQUÊTE EN DISSOLUTION DE MARIAGE.

Partie 2

Le monde a cessé de tourner. Les deux mots imprimés en gras sur la page semblaient flotter devant mes yeux, se détachant du reste du texte pour former une barrière infranchissable entre la vie que je connaissais et l’abîme qui venait de s’ouvrir sous mes pieds. “DISSOLUTION DE MARIAGE”. Ce n’était pas seulement de l’encre sur du papier. C’était un verdict. Une exécution. Le son du sang qui battait dans mes tempes, déjà assourdissant à cause de la fièvre, est devenu un vacarme infernal, noyant le tic-tac de l’horloge, noyant le son de ma propre respiration qui se brisait dans ma poitrine.

Mon regard s’est levé lentement des papiers pour se poser sur Damien. Je cherchais quelque chose, n’importe quoi, dans ses yeux. Une lueur de regret, un signe que c’était une blague cruelle, une tentative horrible de me faire peur. Mais tout ce que j’y ai vu était une satisfaction froide et triomphante. Le genre de satisfaction qu’un prédateur doit ressentir lorsqu’il coince enfin sa proie, faible et sans défense.

« Un divorce ? » ai-je chuchoté. Le mot a écorché ma gorge enflammée, sortant comme un souffle rauque, à peine audible. Je n’arrivais pas à y croire. Mon esprit, embourbé dans le brouillard de la maladie, refusait de traiter l’information. C’était un cauchemar. Je devais être en plein délire fiévreux.

Damien a ricané, un son sec et méprisant. « Pourquoi es-tu surprise ? » a-t-il raillé, s’asseyant sur le bord du lit, mais à une distance calculée, comme si ma simple proximité le dégoûtait, comme si ma maladie était contagieuse. « Écoute bien, espèce de petit chien malade et fauché. Tu penses vraiment que je veux passer le reste de ma vie à m’occuper d’un fardeau inutile comme toi ? »

Chaque mot était une pierre lancée en plein visage. Chien. Malade. Fauché. Fardeau. Inutile. Les insultes pleuvaient, s’accumulant sur le poids de ma souffrance physique. J’ai senti les larmes monter, chaudes et piquantes, mais je luttais pour les retenir. Je refusais de lui donner cette satisfaction.

Il s’est levé et a commencé à arpenter la chambre, comme un acteur sur une scène, déclamant un grand discours. C’était sa performance, le point culminant de sa trahison. « J’en ai marre, tu comprends ? Marre de te voir tousser chaque jour. Marre de te voir traîner au lit sans énergie. Tu es un passif, Katia. Un poids mort qui me tire vers le bas. »

Mon nom. Il a utilisé mon nom, et cela m’a fait plus mal que les insultes. Cela a rendu la chose personnelle, réelle.

« Chéri, qu’est-ce que j’ai fait de mal ? » ai-je tenté de dire, mais ma voix s’est brisée, les larmes dévalant maintenant mes joues brûlantes.

« Ta faute ? » Il s’est retourné vers moi, son visage tordu par le dégoût. « Ta faute, c’est d’être pauvre ! Tu ne peux rien m’apporter. Regarde tout ça ! » Il a fait un geste ample, englobant la chambre luxueuse, les meubles design que nous avions choisis ensemble – ou plutôt, qu’il avait choisis et que j’avais approuvés en silence. « Cette maison, tous ces meubles coûteux, les voitures de luxe dans le garage… C’est à moi. J’ai travaillé dur pour tout ça. Tout est à mon nom, pas au tien. À MOI ! »

Je n’ai rien dit. Je le regardais, et derrière mes yeux embués de larmes, quelque chose commençait à bouillonner. Quelque chose de froid et de dur. Une colère que je n’avais pas ressentie depuis des années, une rage qui commençait à percer le brouillard de la douleur et de la fièvre. Il ne voyait rien. Il ne voyait que la femme faible et soumise qu’il avait façonnée.

« Tu m’écoutes ? » a-t-il crié, exaspéré par mon silence. « Tu n’auras pas un seul centime. Le partage des biens ? N’y rêve même pas. Tu n’as rien apporté dans cette maison, et tu ne prendras rien en partant. »

Il s’est rapproché, se penchant vers moi, son visage à quelques centimètres du mien. Je pouvais sentir l’odeur de l’alcool sur son haleine, mêlée à son eau de Cologne. « Et quand tout ça sera terminé, » a-t-il dit, son visage s’illuminant d’un enthousiasme sadique, « je me marie avec ma fiancée, Simone. Elle est bien plus saine, bien plus jolie, et surtout, elle comprend ma position d’homme qui a réussi. Contrairement à toi. »

Simone. Le nom a explosé dans mon esprit. Simone. La secrétaire de son service, vingt-cinq ans, des jambes interminables et un sourire prédateur. Je l’avais vue aux soirées de l’entreprise. Je l’avais vue le regarder avec des yeux de groupie. J’avais senti le danger, mais je l’avais repoussé, me disant que j’étais paranoïaque. La trahison, déjà insupportable, venait de s’enfoncer encore plus profondément, comme un couteau qu’on tourne dans la plaie.

Alors, il y avait une autre femme. Bien sûr qu’il y en avait une. Tout devenait clair : les retards, la distance, l’odeur de parfum inconnu.

J’ai fermé les yeux, incapable de soutenir son regard triomphant.

« Je ne veux plus voir ton visage dans cette maison demain matin, » a dit Damien, sa voix redevenue cruelle et sèche. « Je te donne jusqu’à l’aube. Dégage de cette maison. Ne prends rien d’autre que les vêtements que tu portes sur ton corps malade. »

Il m’a regardée une dernière fois, moi, pleurant en silence, les larmes s’imprégnant dans la taie d’oreiller. « Pleurer ne changera rien, » a-t-il dit, comme s’il parlait à un enfant capricieux. « Les papiers sont déjà déposés. La procédure sera rapide. »

Il a ajusté sa chemise, lissé une mèche de cheveux imaginaire. « Je dors chez Simone ce soir, dans son loft en centre-ville. Je ne veux pas être sous le même toit que toi. » Il a marqué une pause sur le seuil de la porte. « Demain matin, j’enverrai quelqu’un pour m’assurer que tu es bien partie. »

Et puis il est parti. La porte de la chambre a claqué. La porte d’entrée a claqué. J’ai entendu le vrombissement de son SUV s’éloigner en trombe.

Et puis, le silence.

Un silence total, absolu. J’étais seule. Gravement malade, divorcée, et expulsée, tout ça en une seule nuit.

J’ai pleuré. Mon Dieu, comme j’ai pleuré. Les sanglots me secouaient le corps, chaque spasme envoyant des vagues de douleur dans ma poitrine et ma tête. La douleur dans mon cœur était si immense, si écrasante, qu’elle éclipsait la fièvre qui me consumait. J’ai pleuré pour le mariage que je croyais avoir. J’ai pleuré pour l’homme que je croyais connaître, l’homme qui m’avait fait des bouillons de poule et m’avait lue des histoires. J’ai pleuré pour toutes les années que j’avais gâchées à aimer quelqu’un qui me voyait comme un déchet. J’ai pleuré pour ma stupidité, pour ma naïveté.

J’ai pleuré pendant quinze minutes. Quinze minutes d’agonie pure, de désespoir brut.

Et puis, quelque chose s’est produit.

Au milieu de la douleur, au plus profond de l’abîme, quelque chose a changé. Comme un interrupteur qu’on bascule. J’ai arrêté de pleurer. D’un coup. J’ai pris une grande inspiration, un souffle rauque et tremblant, et j’ai essuyé mes larmes avec le revers de ma main, d’un geste rageur.

La tristesse n’avait pas disparu. Elle était là, un trou noir dans ma poitrine. Mais quelque chose d’autre s’est élevé pour la contenir. Quelque chose de froid. Quelque chose de dur. Quelque chose de calculateur. Mon visage, qui avait été pâle et faible, s’est durci. Ma vision, qui avait été brouillée par les larmes, est devenue d’une clarté perçante.

Petit chien malade et fauché.

Ces mots résonnaient dans ma tête. Fauché. Il avait osé. L’homme qui vivait dans une maison qu’il ne pouvait pas se permettre, qui conduisait des voitures payées à crédit, qui portait des costumes dont le prix aurait pu nourrir une famille pendant un mois. L’homme dont le train de vie entier était une façade fragile.

Ma main a glissé sous mon oreiller. Pas l’oreiller sur lequel ma tête reposait, mais un oreiller supplémentaire que je gardais toujours là, contre la tête de lit. Un oreiller que Damien n’avait jamais touché, qu’il considérait comme une de mes manies inutiles.

Mes doigts ont touché quelque chose de dur, de fin et de froid. Je l’ai sorti. Ce n’était pas un mouchoir. C’était un smartphone dernier cri, beaucoup plus sophistiqué que le vieux téléphone que je gardais ostensiblement sur la table de nuit pour répondre à ma mère ou à mes quelques amies. Ce téléphone était mon secret. Mon seul et unique secret. Un objet dont Damien ne soupçonnait même pas l’existence.

Le téléphone s’est déverrouillé avec mon empreinte digitale. Pas de schéma, pas de code qu’il aurait pu deviner. L’écran s’est allumé, affichant un fond blanc, austère. Pas d’applications de réseaux sociaux. Pas de jeux. Pas de photos de nous deux. Juste des applications professionnelles cryptées, des portails financiers sécurisés et un carnet d’adresses minimaliste.

J’ai ouvert l’unique contact enregistré sous le nom de “Directrice Valencia Thompson”. Mon cœur battait à tout rompre, non plus à cause de la maladie ou de la peur, mais à cause de la rage et de l’adrénaline qui commençaient à affluer dans mes veines. J’ai appuyé sur le bouton d’appel.

La connexion a été instantanée. Pas de sonnerie. Une simple liaison sécurisée. Une voix de femme, calme, posée et professionnelle, a répondu immédiatement.

« Bonsoir, Madame Monroe. Vous appelez à cette heure. Est-ce que tout va bien ? On m’a dit que vous ne vous sentiez pas bien. »

J’ai pris une profonde inspiration, essayant de stabiliser ma voix tremblante. La fièvre rendait l’exercice difficile, mais la colère me donnait une force que je ne soupçonnais pas.

« Directrice Thompson, » ai-je dit, ma voix toujours rauque, mais maintenant tranchante comme de la glace. « Plan d’urgence activé. »

Il y a eu un bref silence à l’autre bout de la ligne. Un silence non pas d’hésitation, mais de compréhension immédiate. Puis, la voix de la Directrice Thompson est devenue plus grave, plus sérieuse.

« Compris, Madame. Que s’est-il passé ? »

« J’ai été expulsée, » ai-je dit. Les mots semblaient surréalistes sortant de ma propre bouche. « Damien a demandé le divorce. Il pense que je suis un petit chien inutile et malade. »

Un sifflement de colère contenue a traversé la ligne. « Bonté divine, » a murmuré la Directrice Thompson. « L’audace de ce Monsieur Carter. »

« Directrice, je suis malade, » ai-je continué, me concentrant sur le plan. « Ma fièvre est très élevée. J’ai besoin d’une évacuation médicale. Je ne veux pas aller dans un hôpital public. Venez à la maison me chercher. Amenez l’équipe médicale privée de la clinique King’s Mountain. Pas de sirènes. Faites-le discrètement. Je ne veux pas que quiconque soit au courant. »

« Compris, Madame, » a-t-elle répondu sans la moindre hésitation. « L’équipe médicale VVIP sera là dans trente minutes. Je viens vous chercher moi-même. Pouvez-vous tenir le coup ? »

Mon regard est tombé sur les papiers du divorce, froissés sur la couette. Avec le peu de force qui me restait, je les ai empoignés et les ai serrés dans mon poing. Le papier craquait sous la pression.

« Je dois tenir, Directrice. La partie ne fait que commencer. »

J’ai raccroché. Mon corps tremblait toujours à cause de la fièvre, mais mes yeux, dans l’obscurité, brillaient d’une lueur dure que je n’avais pas eue depuis des années.

Damien venait de commettre la plus grosse erreur de sa vie.

Il venait de jeter dehors sa femme.

Ce qu’il ne savait pas, ce que son cerveau arrogant et stupide ne pouvait pas comprendre, c’est qu’il venait de jeter dehors la propriétaire et fondatrice du Monroe Luxury Group, une société multinationale avec un bénéfice net de 1,5 million d’euros par mois. Mon argent. Mon empire. Ma puissance. Et il n’avait aucune idée de ce qui l’attendait.

L’attente a été la plus longue de ma vie. Vingt-cinq minutes. Chaque seconde qui passait étirait mes nerfs à leur point de rupture. Le tic-tac de l’horloge était redevenu le son dominant, un marteau qui frappait mon crâne à chaque battement. Je serrais mon téléphone secret dans ma main moite, mon ancre dans la tempête. Une partie de moi, une petite partie irrationnelle et terrifiée, craignait que Damien ne revienne soudainement. Qu’il ait oublié quelque chose, qu’il ait eu un éclair de remords. Une autre partie craignait que l’équipe médicale soit retardée, qu’un accident se produise.

Mon corps oscillait entre des frissons glaciaux qui me faisaient claquer des dents et des bouffées de chaleur qui me donnaient l’impression de brûler de l’intérieur. Je me sentais incroyablement vulnérable, allongée dans ce lit, dans cette maison qui n’était plus la mienne, mais qui, ironiquement, m’appartenait plus qu’à lui.

Exactement vingt-cinq minutes plus tard, mon téléphone a vibré silencieusement. Un SMS de la Directrice Thompson. “Nous sommes arrivés. La porte est déverrouillée. L’équipe entre.”

J’ai laissé échapper un soupir tremblant de soulagement. Je savais que Damien ne verrouillerait pas la porte. Cet imbécile arrogant était trop confiant. Sa femme presque mourante ne pouvait rien faire. Il m’avait sous-estimée. Il m’avait toujours sous-estimée.

Avec chaque once de force qui me restait, j’ai repoussé la couette. Mes pieds nus ont touché le tapis froid. Ma tête a tourné violemment. J’ai failli m’effondrer, mais je me suis agrippée au montant du lit, les jointures blanches. Je devais partir. Je devais sortir de cette maison avec ma dignité intacte.

J’ai vu mon long trench-coat accroché derrière la porte. D’un geste mal assuré, je l’ai attrapé et l’ai enfilé par-dessus ma chemise de nuit. Je ne quitterais pas cette maison en semblant vaincue. Je ne donnerais pas cette satisfaction à Damien, même en son absence.

La porte de la chambre s’est ouverte sans un bruit. J’ai tressailli, mais j’ai ensuite vu deux personnes en tenues médicales sombres. Pas de blouses blanches voyantes, mais des uniformes discrets, bleu nuit. Ils se sont déplacés rapidement, silencieusement, avec un professionnalisme impressionnant.

Derrière eux est apparue la Directrice Valencia Thompson. Une femme d’une cinquantaine d’années, au visage sévère mais bienveillant, vêtue d’un tailleur-pantalon impeccable. Quand elle a vu mon état, son visage s’est immédiatement empreint d’une profonde inquiétude.

« Madame Monroe, » a-t-elle murmuré, s’approchant rapidement.

« Je suis prête, Directrice, » ai-je répondu faiblement.

« Mettez Madame Monroe sur le brancard portable, » a ordonné la Directrice Thompson à l’équipe médicale. Ils ont immédiatement déplié une civière légère et résistante. Ils m’ont aidée à m’allonger avec le plus grand soin, me traitant comme si j’étais faite de verre.

« Madame, nous allons vous injecter un antipyrétique temporaire pour que vous soyez plus à l’aise pendant le transfert, » a dit doucement l’un des membres de l’équipe. J’ai juste hoché la tête. J’ai senti une légère piqûre dans mon bras, et bientôt, une sensation de froid apaisant s’est propagée dans mes veines, atténuant un peu le feu de la fièvre.

Alors qu’ils me soulevaient, j’ai jeté un dernier regard à cette chambre. La chambre que j’avais décorée moi-même, choisissant les couleurs, les tissus, les tableaux. La chambre qui avait été le témoin silencieux de la transformation de Damien, d’un mari aimant en un monstre. En me transportant à travers le salon, mon regard s’est accroché à la grande photo de mariage suspendue au-dessus de la cheminée. Une photo de nous deux, souriant si heureusement. Le Damien que je connaissais. Le Damien qui était tendre et aimant et qui me faisait croire en l’éternité. Maintenant, cette photo ressemblait à une blague cruelle.

« Ne prenez rien. Laissez tout, » ai-je murmuré à la Directrice Thompson.

« Bien sûr, Madame. Nous n’avons besoin de rien d’ici, » a-t-elle répondu fermement.

Ils m’ont transportée à l’extérieur, par la porte d’entrée. Dans l’allée, il n’y avait pas d’ambulance tape-à-l’œil. Ce qui était garé là était une Mercedes-Benz Sprinter noire, aux vitres teintées, qui ressemblait plus à un véhicule d’escorte présidentielle. La porte latérale a coulissé, révélant un intérieur qui était un espace médical d’urgence VVIP entièrement équipé. Sièges en cuir, moniteurs, équipement de perfusion, tout ce que vous pouviez imaginer.

Pendant ce temps, à l’autre bout de la ville, dans un loft de luxe du centre-ville, Damien riait. Il se versait un cocktail dans un grand verre pour Simone, une jeune et belle femme de vingt-huit ans vêtue d’un déshabillé transparent.

« Alors, demain, nous serons officiellement les propriétaires de cette grande maison, chéri ? » demanda Simone d’une voix flirteuse.

« Bien sûr, » dit Damien en l’enlaçant. « Je l’ai expulsée. Ce chien malade n’osera pas s’opposer. Elle n’a rien. Demain, je ferai changer toutes les serrures, et après-demain, nous pourrons commencer à redécorer la chambre. »

« Comme c’est excitant ! » s’exclama Simone. « Enfin, tout ça sera à nous. »

Damien a levé son verre. « À notre nouvelle vie. » Son téléphone portable était sur la table, en mode silencieux. Il ne voulait être dérangé par aucun appel de cette femme malade. Il n’avait aucune idée. Aucune idée de ce qui se passait réellement.

À l’intérieur de ce véhicule médical silencieux qui filait dans la nuit, mon état était pris en charge. Un médecin qui attendait à l’intérieur a immédiatement posé une perfusion. « Température 40°. Infection assez sévère, » a dit le médecin. « Mais nous agissons maintenant. Nous devons la transférer rapidement à la clinique pour des soins intensifs. »

La Directrice Thompson était assise sur une chaise à côté de ma civière. Elle observait mon visage pâle avec des yeux inquiets. « Madame, vous devez être forte. Nous avons tout préparé à la clinique King’s Mountain. »

J’ai fermé les yeux. L’antipyrétique commençait à agir, réduisant le vertige. La partie était bien enclenchée. La première phase de mon plan était un succès. Damien savourait sa victoire illusoire. Qu’il en profite. Il ne lui restait que trois jours de bonheur.

Partie 3

La victoire était trop douce pour Damien, trop enivrante. Il se réveilla le lendemain matin dans le loft luxueux de Simone, baigné par la lumière dorée du soleil qui filtrait à travers les immenses baies vitrées donnant sur la Presqu’île de Lyon. Simone dormait encore à ses côtés, son souffle léger caressant son bras, sa jeunesse et sa beauté une confirmation éclatante de sa nouvelle vie. Il la regarda, un sourire suffisant étirant ses lèvres. Il l’avait fait. Il s’était débarrassé du fardeau, de ce “chien malade” de Katia.

Dans son esprit, il l’imaginait déjà, seule et désemparée. Peut-être était-elle en pleurs dans une gare routière sordide, essayant de rassembler quelques pièces pour un billet de bus vers la maison minable de ses parents en rase campagne. Cette pensée le fit glousser. Quelle libération. La vie, la vraie vie, pouvait enfin commencer.

« Bonjour, chéri, » murmura la voix rauque de Simone. Elle ouvrit les yeux paresseusement. « Quelle heure est-il ? Est-ce que cette femme est déjà partie de notre maison ? »

« Elle est très certainement partie, » répondit Damien avec une confiance absolue. « Je lui ai dit de déguerpir avant l’aube. Elle n’a pas le choix. Pas d’argent, pas de pouvoir. Juste une femme faible qui a vécu à mes crochets toute sa vie. »

Simone sourit, s’étirant comme un chat. « Génial. J’ai déjà hâte d’emménager. Ce loft est luxueux, mais cette maison, c’est un palace. Et j’en serai la reine. »

« Bien sûr, mon amour, » dit Damien en l’embrassant. « Tout pour toi. Allez, prépare-toi, » dit Simone en sortant du lit avec une énergie nouvelle. « On va prendre le petit-déjeuner dans notre nouvelle maison aujourd’hui. Je dirai à la femme de ménage de jeter tout ce qui reste de Katia. Je ne veux plus une seule trace d’elle. »

Une heure plus tard, la puissante BMW de Damien se garait en douceur dans l’allée de la grande maison des Brotteaux. Il en sortit, lunettes de soleil sur le nez, se pavanant comme s’il était le roi du monde. Simone marchait à ses côtés, s’accrochant à son bras, l’air si fière.

Damien ouvrit la porte d’entrée avec un geste théâtral. « Bienvenue dans notre palais, ma reine. »

Ils entrèrent. Et c’est là que la première note étrange se fit entendre dans la symphonie de sa victoire. La maison était extrêmement silencieuse, mais aussi très propre. Trop propre. Damien s’était attendu à ce que Katia laisse une sorte de chaos derrière elle. Des objets renversés, peut-être quelque chose de cassé par colère. Mais il n’y avait rien. Pas un seul objet qui ne soit pas à sa place. Le sol en marbre du hall d’entrée brillait, sans une trace de poussière.

Il se dirigea vers la chambre, le cœur battant juste un peu plus vite, et ouvrit la porte. La pièce était incroyablement rangée. Le lit où Katia avait agonisé la veille était maintenant fait au carré, avec des draps blancs et nets qui semblaient fraîchement sortis du pressing. Il n’y avait aucune trace de flacons de médicaments, pas de verre brisé. Même le tapis persan où elle avait renversé de l’eau semblait parfaitement propre et sec. Pas la moindre auréole.

« Elle a dû nettoyer, » marmonna Damien, confus. C’était illogique. Comment une femme avec 40° de fièvre, en pleine agonie, aurait-elle pu trouver la force de faire un ménage aussi impeccable avant de partir ?

« Je suis contente qu’elle se soit bien comportée, » dit Simone derrière lui, sa voix dénuée de toute subtilité. « Au moins, elle a été utile une dernière fois. »

Mais Damien ne parvenait pas à chasser son malaise. Quelque chose clochait. Et où étaient les draps souillés par la sueur ? Il vérifia le panier à linge dans la salle de bain. Il était vide. Il ouvrit le grand dressing. Les quelques vêtements modestes de Katia, ses longues robes, ses foulards… tout avait disparu. Les tiroirs de la coiffeuse étaient également vides, sans la moindre trace de ses crèmes bon marché ou de ses quelques bijoux sans valeur.

« Elle est vraiment partie, » dit enfin Damien, se sentant finalement soulagé. Il chassa cette étrange sensation. Après tout, c’était mieux ainsi. Une coupure nette. Peut-être avait-elle appelé un taxi, réussi à faire une petite valise avant de s’effondrer. Oui, c’était ça.

« Bien sûr que c’est propre ! » s’exclama Simone avec enthousiasme, le tirant de ses pensées. « Maintenant, mesurons cette pièce. Je veux changer ce lit, il est trop démodé. Je veux un lit rond à baldaquin. Et ces murs ont besoin d’être repeints. Je veux une couleur or. Du vrai or ! »

Simone se précipita à travers la maison, sa voix aiguë résonnant dans les pièces vides. Elle pointait tout du doigt avec un dédain théâtral. « Ce canapé est affreux. À changer. Ce tableau est de mauvais goût. À jeter. Cette cuisine a besoin d’une rénovation complète. Je veux un ensemble italien importé. »

Damien se contentait de sourire et de hocher la tête, jouant son rôle de mari riche et généreux. « Oui, chérie. Je changerai tout. Tout pour toi. » Pour sceller cette nouvelle ère, il décida d’organiser une fête le soir même. Une célébration de sa liberté et de sa nouvelle vie.

« On fait la fête ce soir, » annonça Damien. « J’invite nos amis les plus proches. Je vais commander le traiteur le plus luxueux de la ville. »

Il prit son téléphone et appela son service de traiteur premium habituel, celui qu’il utilisait pour ses dîners d’affaires. Il commanda sans compter. Du bœuf de Kobé importé, des plateaux de fruits de mer frais, des vins européens de premier choix, des mignardises artisanales. La totale.

« Entendu, Monsieur Carter, » dit l’employé du traiteur au téléphone. « Le montant total de la commande est de 2000 euros. Conformément à notre procédure, nous demandons un acompte de 50% dès maintenant. »

« Bien sûr, » dit Damien avec arrogance. « Envoyez-moi la facture. Je paierai avec ma carte de crédit principale. »

Il s’assit sur le canapé que Simone prétendait détester et ouvrit son application bancaire. C’était une formalité. Il tapa le numéro de sa carte American Express Platinum avec confiance et appuya sur le bouton de paiement pour l’acompte de 1000 euros.

Le téléphone chargea un instant. Puis, une notification rouge clignota sur l’écran.

TRANSACTION REFUSÉE.

Damien fronça les sourcils. C’était étrange. Le plafond de cette carte était encore de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Il n’avait quasiment rien dépensé ce mois-ci. « C’est sûrement un problème de réseau, » marmonna-t-il. Il essaya à nouveau.

TRANSACTION REFUSÉE.

« Chéri, pourquoi tu mets autant de temps ? » appela Simone depuis l’autre pièce où elle se prenait en selfie pour immortaliser “son premier jour dans son palais”.

« Un instant, ma puce, » répondit Damien, s’efforçant de garder sa voix calme. « Je crois que la banque a un problème de réseau. » Une perle de sueur froide commença à se former sur sa tempe. Il essaya avec une autre carte de crédit, une Visa Premier de la même banque.

REJETÉE.

La sueur se mit à couler le long de son visage. C’était impossible. Il était un client VVIP. Pourquoi toutes ses cartes étaient-elles rejetées ? La panique, une sensation froide et désagréable, commença à s’insinuer dans sa poitrine. Il essaya sa carte de débit.

REJETÉE. FONDS INSUFFISANTS.

Les yeux de Damien s’écarquillèrent. Fonds insuffisants ? Impossible. Son salaire venait d’être versé il y a trois jours. Une somme à cinq chiffres. Il ferma rapidement l’application de paiement et ouvrit son application bancaire principale. Son cœur martelait sa poitrine maintenant. Il entra son mot de passe. L’écran se chargea, puis un message apparut, un message qu’il n’avait jamais vu auparavant.

ACCÈS BLOQUÉ. VEUILLEZ CONTACTER VOTRE AGENCE LA PLUS PROCHE.

Le corps entier de Damien se raidit. C’était un désastre. Il ne pouvait pas accéder à son compte principal. Il ne pouvait utiliser aucune de ses cartes de crédit.

« Damien, le type du traiteur vient de m’appeler ! » cria Simone, sa voix aiguë et agacée. « Il dit que le paiement est toujours rejeté. C’est la honte ! »

La panique le submergea. Il se souvint soudain qu’il avait un compte d’urgence dans une autre banque, une banque en ligne qu’il utilisait à peine. Le solde n’était pas énorme, mais il devait y rester quelques milliers d’euros. Avec des mains tremblantes, il entra les détails de cette carte pour payer l’acompte du traiteur. L’écran chargea, une éternité.

SUCCÈS.

Damien expira profondément, un souffle qu’il ne savait pas avoir retenu. Il avait sauvé la face, pour le moment.

« Tu vois ? » cria-t-il à Simone avec un sourire forcé. « C’était juste un problème de réseau. C’est réglé. Le traiteur arrivera à 19h ce soir. »

Simone se réjouit à nouveau. « Super ! Maintenant, il faut que j’aille chez le coiffeur. »

Après le départ de Simone, le sourire de Damien s’évanouit instantanément. Son visage devint blême. Quelque chose n’allait pas. Quelque chose n’allait vraiment, vraiment pas. Pourquoi son compte principal était-il bloqué ? Pourquoi toutes ses cartes de crédit étaient-elles refusées ? Il essaya de penser rationnellement. Est-ce que cela avait un rapport avec Katia ? Non. Impossible. Cette femme stupide et simple d’esprit ne pouvait pas manigancer quelque chose comme ça. Elle était personne. Elle n’avait rien. Il se promit que demain matin, à la première heure, il appellerait la banque et leur passerait un savon monumental. Il exigerait une compensation pour cette humiliation.

Plus tard dans l’après-midi, alors qu’il faisait les cent pas dans la maison, essayant de réprimer son anxiété grandissante, la sonnette retentit.

Damien ouvrit la porte. Un coursier en uniforme se tenait là, tenant une grande enveloppe brune rigide.

« Monsieur Damien Carter ? »

« Oui, c’est moi. »

« Courrier recommandé. Signez ici, s’il vous plaît. »

Damien signa le reçu, ferma la porte et examina l’enveloppe. L’expéditeur était un cabinet d’avocats au nom très prestigieux : “Blackstone & Associés”. Il pensa qu’il devait s’agir des documents d’approbation du tribunal concernant sa demande de divorce. Il l’ouvrit, s’attendant à de la paperasse de routine.

Mais le contenu fit geler son sang dans ses veines.

Ce n’était pas du tribunal des affaires familiales. C’était une lettre de mise en demeure notariée. Une mise en demeure légale. Ses yeux parcoururent les phrases dures et formelles.

Cher Monsieur Carter,

Au nom de notre client, Monroe Luxury Group Holdings, nous vous notifions par la présente que vous avez commis une rupture de contrat sur votre ligne de crédit professionnelle. Le montant total de votre prêt principal, soit quatre millions d’euros (4 000 000 €), est de ce fait immédiatement exigible.

Nous vous accordons un délai de grâce de trois (3) jours pour liquider l’intégralité de la dette. Tout manquement à cette obligation entraînera l’exécution forcée et immédiate de vos actifs, à savoir : un bien immobilier situé au 847 Allée de la Magnificence, Lyon, et un véhicule de luxe immatriculé [Numéro d’immatriculation].

Le verre que Damien tenait à la main lui glissa des doigts et se brisa sur le sol en marbre. La sueur coulait à flots de son front.

Trois jours. Quatre millions d’euros. Saisie de la maison.

« Non, impossible, » murmura-t-il, tout son corps se mettant à trembler. « J’ai payé l’échéance la semaine dernière. Quelle rupture de contrat ? Et c’est quoi, ce Monroe Luxury Group Holdings ? »

Sa célébration de la victoire venait de se transformer en le début d’un cauchemar.

Pendant que Damien se noyait dans la panique, à plusieurs kilomètres de là, le calme régnait. J’étais allongée non pas dans un lit d’hôpital stérile, mais dans une suite présidentielle de la clinique King’s Mountain, un établissement privé si exclusif qu’il n’apparaissait même pas sur les cartes publiques. La chambre ressemblait plus à un hôtel cinq étoiles qu’à une clinique. Les murs étaient lambrissés de bois clair, l’éclairage était doux et indirect, et une immense fenêtre offrait une vue panoramique sur les Monts d’Or.

La fièvre était tombée. La perfusion contenait un cocktail puissant d’antibiotiques et de vitamines qui faisait déjà des merveilles. J’étais encore faible, mais mon esprit était d’une clarté cristalline.

La Directrice Thompson était assise dans un fauteuil en cuir à côté de mon lit. Elle me tendit une tablette.

« Le traiteur a été payé depuis un compte secondaire, » dit-elle. « Il a essayé trois cartes et son compte principal. Tous bloqués. La panique a commencé. »

Je hochai la tête. « Bien. Et la lettre ? »

« Le coursier vient de la livrer. À l’heure actuelle, Monsieur Carter est probablement en train de lire notre mise en demeure. » Un léger sourire se dessina sur ses lèvres. « Le délai de trois jours a officiellement commencé. »

« Trois jours, » ai-je répété. « Je veux qu’il ait le temps de savourer sa victoire avec cette femme, Simone. Je veux qu’il se sente comme le roi du monde pendant une journée, avant que le sol ne se dérobe sous ses pieds. »

« Une excellente stratégie, Madame, » dit la Directrice Thompson. « La chute n’en sera que plus dure. La Clause 11, Section B, est une merveille de subtilité juridique. Il n’a jamais lu ce qu’il a signé. »

« Il ne lit jamais rien, » ai-je dit avec une pointe d’amertume. « Il signe juste là où on lui dit de signer, trop arrogant pour imaginer que quelqu’un pourrait être plus intelligent que lui. »

La Clause 11, Section B. Notre chef-d’œuvre. Lorsque MLG Holdings avait racheté la dette de Damien à la banque un an auparavant, nos avocats avaient restructuré le contrat. Ils y avaient ajouté plusieurs clauses, dont celle-ci. Une “clause morale”. Elle stipulait que l’emprunteur s’engageait à maintenir une “harmonie familiale” et à ne pas commettre d’actes “immoraux ou déshonorants” qui pourraient nuire à l’image ou à l’intégrité du prêt, étant donné que les actifs (la maison) étaient liés à la réputation de notre groupe. C’était une clause inhabituelle, mais parfaitement légale. En expulsant sa femme gravement malade pour vivre avec sa maîtresse, Damien l’avait violée de la manière la plus flagrante qui soit. Et il venait de nous donner le droit légal de déclencher l’apocalypse.

« Reposez-vous maintenant, Madame, » dit la Directrice Thompson en reprenant la tablette. « Vous avez besoin de reprendre des forces. Vous devez être en pleine forme pour assister au spectacle. »

J’ai fermé les yeux, un vrai sourire se dessinant sur mon visage pour la première fois depuis des jours. « Oh, je ne manquerais ça pour rien au monde, Directrice. Pour rien au monde. »

Le soir, la maison s’emplit de musique, de rires et de conversations bruyantes. Une dizaine d’amis de Damien étaient là. Des hommes et des femmes lisses, bronzés, vêtus de marques de luxe, qui parlaient fort de leurs dernières acquisitions et de leurs prochaines vacances à Dubaï. Simone paradait, jouant à la perfection son rôle de nouvelle maîtresse de maison, son rire cristallin résonnant plus fort que celui des autres.

Damien, lui, ne pouvait arborer qu’un sourire crispé. Son esprit était un chaos total. Chaque rire de ses invités lui semblait une moquerie. Chaque verre de champagne qu’on lui tendait avait un goût de cendre. Les mots de la lettre de mise en demeure tournaient en boucle dans sa tête : Quatre millions d’euros. Trois jours. Exécution forcée.

Il sentait un piège invisible se refermer lentement sur son cou, l’étreignant de plus en plus fort. Il essayait de se rassurer. C’était une erreur. Une énorme erreur administrative. Demain, il réglerait ça avec la banque. Mais qui était ce Monroe Luxury Group ? Le nom lui était vaguement familier, mais il n’arrivait pas à le situer. Une société d’investissement ? Pourquoi s’en prendraient-ils à lui ?

« Tu n’as pas l’air dans ton assiette, vieux, » lui lança un de ses amis, Marc, en lui donnant une tape dans le dos. « Tu devrais être aux anges ! Enfin débarrassé de… tu sais. » Il fit un geste vague, comme pour balayer un insecte.

Damien força un rire. « Si, si, je suis aux anges. Juste un peu fatigué. Grosse journée. »

Il regarda Simone, qui riait aux éclats avec un autre homme. Elle était si belle, si vivante. La récompense de sa décision. Mais en cet instant, en la regardant, il ne ressentit qu’un vide glacial. Il avait tout misé sur elle, sur cette nouvelle vie. Et si tout s’effondrait ?

Il passa le reste de la soirée en pilote automatique, hochant la tête, souriant, remplissant les verres, mais son esprit était ailleurs. Il était un étranger à sa propre fête de la victoire. La fête se termina tard. Les derniers invités partis, le silence retomba sur la maison, un silence maintenant lourd de menaces.

Simone, éméchée et heureuse, se blottit contre lui dans le grand lit. « C’était la meilleure soirée de ma vie, » murmura-t-elle. « Je suis si heureuse. Enfin, tout est parfait. »

Damien ne répondit pas. Il fixait le plafond dans l’obscurité, son cœur battant à un rythme effréné. Le compte à rebours avait commencé. Il lui restait moins de 72 heures. Le sommeil ne viendrait pas cette nuit-là. Le cauchemar, lui, ne faisait que commencer. Et il n’avait aucune idée, absolument aucune, que ce cauchemar avait été méticuleusement orchestré par moi, la femme qu’il avait jetée comme un déchet.

Partie 4

La nuit fut une torture. Damien ne dormit pas, pas une seule heure. À ses côtés, Simone dormait d’un sommeil agité, mais lui restait les yeux grands ouverts, fixant les ombres qui dansaient au plafond. Chaque craquement de la maison, chaque bruissement du vent dans les arbres à l’extérieur, lui semblait être un présage funeste. Les mots de la mise en demeure étaient gravés au fer rouge dans son cerveau : Quatre millions d’euros. Trois jours. Exécution forcée. Monroe Luxury Group. C’était un mantra infernal.

Dès que les premières lueurs de l’aube filtrèrent à travers les rideaux, Damien sauta du lit. Son corps était endolori, ses yeux injectés de sang. Il ne prit même pas la peine de se doucher. Il s’aspergea simplement le visage d’eau froide, enfila les premiers vêtements qu’il trouva – un pantalon de costume de la veille et une chemise froissée – et quitta la chambre sur la pointe des pieds. Il ne supportait plus la présence de Simone, son ignorance béate de la catastrophe qui se profilait.

À 8h00 précises, au moment même où la banque ouvrait ses portes, Damien filait déjà à toute allure sur le boulevard des Belges. Sa BMW, ce symbole de sa réussite qui serait bientôt saisie, lui semblait être une cage dorée le transportant vers son jugement. Il se gara brutalement devant son agence bancaire, celle où il était censé être un client VVIP, traité avec tous les égards.

Il fit irruption à l’intérieur, ignorant la file de clients “normaux”, et se dirigea directement vers le comptoir du service VIP. Il claqua sa carte noire sur le comptoir en marbre. Le son sec et arrogant résonna dans le silence feutré de l’agence.

« Je suis Damien Carter, » dit-il d’une voix forte, essayant de masquer le tremblement dans sa voix. « Je veux voir le directeur de l’agence. Tout de suite. »

L’employée, surprise par son ton, le reconnut immédiatement. Elle le fit entrer dans un petit salon d’attente privé, lui offrant un café qu’il refusa d’un geste sec. Cinq minutes plus tard, un homme en costume impeccable entra. Ce n’était pas le directeur, mais un “gestionnaire de relations”, plus jeune, le visage lisse et impénétrable.

« Bonjour, Monsieur Carter. Comment puis-je vous aider aujourd’hui ? »

« Ne tournons pas autour du pot, » coupa Damien, brutalement. « Expliquez-moi pourquoi toutes mes cartes de crédit sont bloquées, pourquoi mon compte principal est gelé, et pourquoi j’ai reçu hier une mise en demeure absurde pour rupture de contrat. »

Le gestionnaire regarda calmement son écran d’ordinateur, ses doigts tapotant sur le clavier. Son calme exaspérait Damien au plus haut point.

« Je m’excuse pour le désagrément, Monsieur Carter. Permettez-moi de vérifier. » Il tapa pendant un moment qui sembla une éternité. « Hum… intéressant. »

« Qu’est-ce qui est intéressant ? » hurla Damien, frappant son poing sur le bureau en bois précieux.

Le gestionnaire leva les yeux, son expression toujours aussi neutre. « Ce n’est pas nous qui avons bloqué vos comptes et vos cartes de crédit, Monsieur. C’est simplement que votre solde est effectivement à zéro, et que vos plafonds de carte de crédit sont complètement épuisés. »

« Impossible ! » cria Damien, se levant à moitié de sa chaise. « Mon salaire a été déposé il y a quelques jours ! Des milliers d’euros ! Et ma limite de crédit est de plusieurs centaines de milliers d’euros. Je n’ai rien utilisé ! »

« C’est exact, Monsieur, » dit le gestionnaire, avec un calme qui frisait l’insolence. « Cependant, notre système enregistre un débit automatique d’urgence sur votre ligne de crédit professionnelle, hier soir à 0h01. Ce débit a absorbé la totalité du solde de votre compte courant et a simultanément épuisé la totalité du plafond restant de toutes vos cartes de crédit. »

Le visage de Damien devint blanc comme un linge. Un débit d’urgence ? « Sur ordre de qui ? »

Le gestionnaire retourna à son écran. « Pas sur notre ordre, Monsieur. C’est un ordre du nouveau propriétaire de votre ligne de crédit. »

« Nouveau propriétaire ? » La voix de Damien se brisa.

« Selon nos dossiers, » continua le gestionnaire, récitant les informations comme une machine, « le prêt professionnel de 4 millions d’euros que vous aviez contracté auprès de notre banque a été vendu il y a six mois à une société de capital-investissement appelée Monroe Luxury Group Holdings. Nous n’agissons plus que comme agence de gestion pour les paiements mensuels. »

Le cœur de Damien s’arrêta. Monroe Luxury Group. Ce nom, encore.

« Pourquoi feraient-ils ça ? » murmura-t-il, l’esprit en pièces. « Je n’ai jamais manqué un seul paiement. »

Le gestionnaire secoua la tête, comme s’il s’agissait d’une affaire banale. « Cela ne relève pas de notre compétence, Monsieur. Selon la notification que nous avons reçue la nuit dernière de MLG Holdings, vous avez été déclaré en rupture de contrat en vertu de l’accord de vente du prêt. Lorsqu’une rupture se produit, MLG Holdings a le droit de prélever de force des fonds sur vos comptes à titre de pénalité de retard initiale. Et il semble que c’est exactement ce qu’ils ont fait. »

Damien se sentit défaillir. Il s’agrippa au bord du bureau si fort que ses jointures blanchirent. « Mais… comment puis-je être en rupture de contrat ? »

« Nous ne connaissons pas les détails, Monsieur, » dit le gestionnaire avec un ton sans expression, comme s’il discutait de la météo. « Ils sont sûrement expliqués dans la mise en demeure notariée que vous avez reçue. Vous devrez discuter directement avec MLG Holdings ou leurs avocats. »

Damien sortit de cette banque en titubant, comme un homme ivre. Le ciel semblait tourner au-dessus de sa tête. La sueur trempait sa chemise, malgré la fraîcheur matinale. Il s’assit dans sa voiture de sport, la voiture qui serait saisie dans à peine deux jours, et ses mains tremblaient si violemment qu’il pouvait à peine tenir son téléphone.

Monroe Luxury Group Holdings. Ce nom résonnait dans sa tête comme un glas. Il sortit son téléphone et le chercha sur Internet. Ce qui apparut lui donna la nausée. Monroe Luxury Group n’était pas une petite société d’investissement. C’était une corporation gigantesque, un conglomérat massif opérant dans la mode de luxe, les cosmétiques, l’immobilier et les investissements internationaux. Leur logo était partout : sur les grands magasins haut de gamme, dans les magazines de mode, dans les actualités économiques. Il l’avait déjà vu, mais n’y avait jamais prêté attention.

« Pourquoi ? » murmura-t-il désespérément. « Pourquoi une société aussi énorme achèterait-elle ma misérable dette ? »

Puis il se souvint du nom du cabinet d’avocats sur la mise en demeure. Blackstone & Associés. Avec des doigts tremblants, il composa le numéro de téléphone indiqué sur le document.

« Bonjour, Blackstone & Associés, » répondit une voix professionnelle et glaciale.

« Je suis Damien Carter, » dit-il, essayant de garder sa voix stable. « J’ai reçu une mise en demeure de la part de MLG Holdings hier. Il doit y avoir une erreur. Je n’ai jamais été en défaut de paiement. »

La voix à l’autre bout du fil était calme et absolument glaçante. « Il n’y a pas d’erreur, Monsieur Carter. Notre client agit conformément à la loi. Vous avez violé la clause 11, section B, de l’accord de prêt que vous avez signé. »

« Clause 11, section B ? » L’esprit de Damien était vide. « Qu’est-ce que c’est que ça ? »

« Si vous trouvez fastidieux de lire les documents que vous signez, Monsieur Carter, » dit l’avocat avec un mépris à peine dissimulé, « cette clause stipule que vous êtes dans l’obligation de maintenir l’harmonie familiale et de ne pas commettre d’actes immoraux ou déshonorants susceptibles d’affecter l’image ou l’intégrité du prêt commercial. »

Damien resta complètement silencieux. Le sang se retira de son visage. « C’est une clause absurde, » réussit-il finalement à dire. « Ça n’a rien à voir avec la dette. »

« Au contraire, Monsieur Carter, » répondit l’avocat avec aisance. « Lorsque votre prêt a été vendu à notre client, toutes les clauses, en particulier cette clause morale, ont été activées et renforcées. Notre client est une entreprise qui valorise hautement les valeurs familiales et les pratiques commerciales éthiques. Votre action de divorcer et d’expulser votre femme gravement malade, Madame Katia Monroe, afin de vivre avec une autre femme, constitue une violation grave et flagrante de la clause 11, section B. »

Damien ne pouvait plus respirer. Sa poitrine semblait écrasée par un poids immense.

« Comment… » haleta-t-il. « Comment savaient-ils ? »

« Nous avons des preuves irréfutables, Monsieur Carter, » dit l’avocat. « Des photographies, des enregistrements audio, des séquences vidéo et des témoins. Nous savons que vous avez expulsé votre femme il y a deux nuits alors qu’elle souffrait d’une forte fièvre. C’est cette action qui a déclenché cette demande de rupture. »

Les genoux de Damien se dérobèrent. Il s’affaissa contre le siège de sa voiture. « Katia, » murmura-t-il. C’est tout à cause de Katia. Mais comment ? Comment Katia connaissait-elle MLG Holdings ? Était-elle femme de ménage là-bas ? S’était-elle plainte à un manager sympathique ? Rien de tout cela n’avait de sens.

« Que veulent-ils ? » demanda Damien, sa voix tremblant maintenant de peur. « Donnez-moi du temps. Je paierai les échéances. Je ferai tout ce qu’ils veulent. »

« Il est trop tard pour ça, Monsieur Carter, » dit l’avocat froidement. « Notre client n’est pas intéressé par les versements. Conformément à la mise en demeure, il vous reste… laissez-moi voir… deux jours et sept heures pour payer l’intégralité des 4 millions d’euros. Autrement, notre équipe d’exécution saisira votre maison et tous vos véhicules. Bonne journée, Monsieur Carter. »

L’appel prit fin.

Damien jeta son téléphone contre le tableau de bord. L’écran se fissura. Il hurla à l’intérieur de la voiture, un cri primal de terreur et de rage absolues. Quatre millions d’euros en deux jours. C’était impossible. Complètement impossible. Son salaire était gelé. Ses seuls vrais biens étaient cette maison et cette voiture, et ils n’étaient même pas vraiment à lui. Ils appartenaient à une société appelée Monroe Luxury Group.

Il essaya de penser clairement à travers sa panique. Katia. Ce devait être l’œuvre de Katia, d’une manière ou d’une autre. Mais comment ? Elle n’était qu’une simple femme au foyer, pauvre et sans relations, n’est-ce pas ? Il essaya de savoir qui possédait MLG Holdings. Il chercha sur tous les portails d’actualités économiques qu’il put trouver. Le propriétaire était décrit comme une figure mystérieuse. L’entreprise était dirigée par une PDG nommée Directrice Valencia Thompson.

Valencia. Ce nom lui semblait familier. Le front de Damien se plissa alors qu’il essayait de se souvenir. Puis, l’éclair. Il y a des années, Katia avait mentionné une amie, Valencia, une femme de son groupe de l’église qui était censée être une sorte de femme d’affaires prospère. Damien s’en était toujours moqué. “Juste une bande de ménagères de quartier qui jouent au business”, avait-il dit avec dédain.

Serait-ce possible ? L’amie de l’église de Katia pouvait-elle être la PDG de MLG Holdings ? La tête de Damien le lançait. C’était trop, trop compliqué. Il devait trouver Katia. Il devait la supplier de retirer la plainte qu’elle avait déposée auprès de cette femme, Valencia. Oui, c’était la seule solution.

Il démarra sa voiture immédiatement. Il devait savoir où elle était. Il devait se rendre chez ses parents. Ces pauvres gens dans leur quartier délabré. Elle avait dû y courir en pleurant. Il irait là-bas tout de suite.

Alors qu’il sortait du parking de la banque, son téléphone sonna. C’était Simone. Damien l’ignora. Il n’avait pas le temps pour elle en ce moment. Elle continua d’appeler, encore et encore. Finalement, irrité au-delà de toute mesure, il répondit.

« Quoi ? » aboya-t-il.

« Où es-tu, chéri ? » La voix de Simone était stridente. « Pourquoi cries-tu ? Viens vite. La carte de crédit que tu m’as donnée ce matin a également été rejetée au salon de coiffure. J’ai tellement honte. As-tu vraiment de l’argent ou m’as-tu menti ? »

Damien frappa violemment le volant. Encore des problèmes. « J’ai une urgence ! » cria-t-il. « Paie d’abord avec ton propre argent ! »

« Quoi ? » hurla Simone. « Mon argent ? C’est impossible. Fais-moi un virement tout de suite ! »

« Je t’ai dit que j’ai une urgence ! » hurla Damien et il raccrocha brusquement.

Au salon de coiffure, Simone fixa son téléphone, choquée. C’était la première fois que Damien lui criait dessus comme ça. Elle commença à sentir que quelque chose n’allait vraiment, vraiment pas.

Mais Damien ne se souciait plus de Simone. Il ne se souciait de rien d’autre que de trouver Katia. Il appuya sur l’accélérateur. Il devait la trouver. Il s’agenouillerait à ses pieds s’il le fallait. Il la supplierait. Il ferait tout ce qu’il fallait.

Il ne savait pas, ne pouvait absolument pas savoir, que la Katia qu’il cherchait n’était plus malade. J’étais en pleine convalescence dans ma suite présidentielle à la clinique King’s Mountain. Et j’étais assise dans mon fauteuil de direction, surveillant chacun de ses mouvements paniqués à travers des rapports détaillés de mon équipe juridique. Damien ne pouvait pas s’échapper. Il n’y avait pas d’échappatoire. Le piège était déjà refermé.

Le deuxième jour fut un enfer absolu pour Damien. Son voyage chez mes parents se solda par un échec complet. Leur maison était exactement comme il s’en souvenait. Petite, modeste, sans prétention. Le genre d’endroit dont il se moquait. Mais mes parents, bien qu’ils aient l’air simples, le regardèrent avec un tel mélange de haine et de pitié que sa peau se hérissa. Je n’étais pas là. Ils n’avaient aucune idée de l’endroit où je pouvais être.

« Tu as jeté ma fille dehors alors qu’elle était malade, n’est-ce pas ? » demanda mon père, sa voix tremblant d’une rage à peine contenue. « Et maintenant, tu viens ici la chercher ? Sors d’ici. SORS. Et n’ose plus jamais t’approcher de cette maison. »

Damien essaya de plaider, d’expliquer, mais mon père lui claqua la porte au nez.

Il retourna en ville sans rien, les mains vides, désespéré. Le peu d’argent qui lui restait dans son compte d’urgence fut englouti par l’essence pour l’aller-retour. Cette nuit-là, lui et Simone eurent une dispute monumentale. Simone voulait savoir ce qui se passait. Elle n’était pas stupide. Elle voyait bien que tout s’effondrait. Au bord de la crise de nerfs, Damien finit par avouer. Il lui dit qu’il avait un “problème administratif” et que ses comptes étaient “temporairement gelés”. Il essaya de minimiser la situation, mais Simone ne le crut pas. Elle avait vu la mise en demeure notariée toujours posée sur la table du salon. Elle l’avait lue.

Trois jours. Quatre millions d’euros. Saisie.

« Tu es ruiné ! » lui cria Simone. « Tu es complètement ruiné, Damien ! »

« C’est temporaire ! » hurla Damien en retour, sa voix se brisant. « Je vais arranger ça. C’est la faute de Katia. Cette femme a fait quelque chose. Je ne sais pas quoi, mais elle a fait quelque chose ! »

« Je me fiche de savoir à qui est la faute ! » cria Simone. « Je ne veux pas vivre avec un pauvre. Je n’ai pas signé pour ça ! »

Cette nuit-là, ils dormirent dans le même lit, mais aussi loin que possible l’un de l’autre, dos à dos, froids, hostiles. Damien ne put fermer l’œil une seule seconde. Le compte à rebours dans sa tête continuait de tourner. Demain. Demain était le troisième jour. Le jour final.

Le matin du troisième jour fut le matin le plus terrifiant de toute la vie de Damien. Le soleil se leva, mais il avait l’impression que la fin du monde arrivait. À 9h00, alors que lui et Simone prenaient leur petit-déjeuner dans un silence complet et gêné, la sonnette retentit.

Ils se figèrent tous les deux. Ils se regardèrent. Leurs visages devinrent blêmes.

« Ne réponds pas, » murmura Damien. « Faisons comme si nous n’étions pas là. »

La sonnette retentit de nouveau, cette fois avec plus d’insistance. Puis, des coups forts et autoritaires frappèrent la porte.

« Monsieur Damien Carter, » cria une voix. « Nous savons que vous êtes à l’intérieur. Nous sommes l’équipe d’exécution du cabinet d’avocats Blackstone & Associés. Veuillez ouvrir la porte. »

Le cœur de Damien cessa de battre. Simone se mit à pleurer, de vraies larmes de terreur coulant sur son visage. « Qu’est-ce qu’on va faire, Damien ? » sanglota-t-elle. « Qu’est-ce qu’on va faire ? »

Damien, paniquant complètement, courut vers la porte de derrière. Il pensa à s’échapper par la cour, peut-être à sauter la clôture. Mais quand il ouvrit la porte de la cuisine, deux gardes de sécurité massifs en costume noir se tenaient déjà là, les bras croisés.

« Veuillez rester à l’intérieur, Monsieur, » dit l’un d’eux fermement.

Damien était encerclé, piégé. Il retourna dans le salon, ses jambes tremblant si fort qu’il pouvait à peine marcher.

Lorsque l’équipe juridique réussit finalement à ouvrir la porte d’entrée avec l’aide d’un serrurier qu’ils avaient amené, un homme en costume impeccable entra. Il tenait un épais dossier. Derrière lui, plusieurs huissiers de justice suivaient, portant de grands autocollants sur lesquels on pouvait lire : SAISIE – PROPRIÉTÉ DE MLG HOLDINGS.

« Monsieur Damien Carter, » dit l’avocat d’une voix froide comme la glace. « Votre temps est écoulé. Exactement 72 heures se sont écoulées. Par ordonnance du tribunal, nous allons maintenant entamer la procédure d’exécution forcée de cette propriété et de tous les actifs qu’elle contient pour régler votre dette impayée envers notre client, Monroe Luxury Group Holdings. »

« Non ! » Damien tomba à genoux, là, dans son propre salon. Toute son arrogance, toute sa fierté s’évanouirent en un instant. « S’il vous plaît, donnez-moi plus de temps. Je paierai, je le promets. Juste une semaine de plus. »

L’avocat secoua la tête sans la moindre trace de sympathie. « On vous a donné plus qu’assez de temps, Monsieur Carter. Notre équipe va commencer son travail maintenant. Vous ne pouvez emporter que les effets personnels que vous portez actuellement. Vous avez 15 minutes pour quitter volontairement cette propriété. »

« 15 minutes ? » hurla Simone derrière lui.

Et c’est à ce moment-là que Simone réalisa toute la réalité de la situation. Elle regarda Damien, à genoux sur le sol, pleurant comme un enfant. L’homme qu’elle croyait être un roi n’était qu’un mendiant, un imposteur complet. Son visage se durcit. Elle ne voulait pas sombrer avec lui.

Sans dire un seul mot, Simone courut à l’étage, vers la chambre.

« Simone ! » cria Damien, déconcerté. « Où vas-tu ? Aide-moi ! S’il te plaît, aide-moi ! »

Mais elle ne répondit pas. Les huissiers commencèrent à entrer dans la maison. Ils se moquaient du drame qui se déroulait. Ils commencèrent à placer ces autocollants orange vif “SAISIE MLG” sur tout. La télévision à écran plat, le canapé en cuir de luxe, les peintures coûteuses sur les murs, tout.

Dehors, Damien pouvait l’entendre. Le bruit d’une dépanneuse reculant dans l’allée. Ils venaient pour sa voiture de sport. Sa belle et coûteuse voiture de sport.

Cinq minutes plus tard, Simone redescendit. Elle ne pleurait plus. Son visage était figé, déterminé, froid. Elle traînait deux grandes valises qu’elle avait dû faire en un temps record. Elle ignora complètement Damien, qui était toujours à genoux, la fixant avec une incrédulité totale. Elle se dirigea droit vers la porte d’entrée.

« Simone, » cria Damien, sa voix complètement brisée. « Tu me quittes ? Tu me quittes vraiment ? »

Simone s’arrêta. Elle se retourna lentement, son visage plein de mépris. Un mépris pur et sans mélange. « Te quitter ? » dit-elle, sa voix dégoulinant de venin. « Bien sûr que je te quitte. Je ne veux pas vivre avec un raté pauvre et pathétique comme toi. Je pensais que tu étais un roi, Damien. Je pensais que tu avais réussi et que tu étais puissant. Mais tu n’étais qu’un clown. Un clown fauché et menteur. Profite bien de ta ruine, tout seul. »

Elle sortit son téléphone. « J’ai appelé un taxi. Il est déjà là. Au revoir, Damien. Passe une belle vie dans la rue. »

Et juste comme ça, Simone sortit. Elle traîna ses valises devant les agents d’exécution, devant les gardes de sécurité, devant les huissiers, sans un regard en arrière.

Damien était figé, complètement paralysé. Il avait été trahi, abandonné, exactement de la même manière qu’il l’avait fait avec moi trois jours auparavant. La différence était que j’avais été jetée dehors alors que j’étais gravement malade. Simone l’abandonnait au sommet de sa ruine absolue. Le karma était poétique, presque trop parfait.

« Le temps est écoulé, Monsieur Carter, » dit l’un des gardes de sécurité, saisissant brutalement le bras de Damien.

Damien fut traîné physiquement hors de sa propre maison. Enfin, pas sa maison. Jamais sa maison. Ma maison. Il fut jeté sur le trottoir en béton chaud. Il était toujours en pyjama. Il n’avait même pas eu le temps de s’habiller correctement. Il resta assis là, sur le pavé brûlant, et regarda sa précieuse voiture de sport être accrochée à la dépanneuse et tirée hors du garage. Il regarda la porte d’entrée de la maison être enchaînée et scellée avec des avis officiels. Tout avait disparu. En trois jours, tout lui avait été enlevé.

Damien s’effondra complètement. Il resta allongé là, sur le trottoir, impuissant. Des passants le regardaient étrangement. Certains prenaient des photos avec leur téléphone. L’homme qui avait été si arrogant était maintenant un spectacle public, un conte édifiant.

Il était seul, complètement, absolument seul. Fauché, sans abri, sans personne, sans rien.

Dans sa panique extrême, dans son humiliation indescriptible, son cerveau ne pouvait se concentrer que sur un seul nom, une seule personne, la source de toute cette destruction : Katia.

Il fouilla frénétiquement dans ses poches. Son téléphone. Son téléphone fissuré était toujours là. Il ne savait plus qui d’autre appeler. Il n’avait plus d’amis. Ils l’avaient tous abandonné dès qu’ils avaient entendu parler de ses problèmes. Tous avaient trop peur de MLG Holdings pour s’associer à lui. Il voulait me maudire. Il voulait me supplier. Il ne savait même plus ce qu’il voulait. Il avait juste besoin de faire quelque chose, de dire quelque chose.

Avec des mains tremblantes et désespérées, il chercha dans ses contacts : “Katia – ma femme”. Il appuya sur le bouton d’appel. Il ne s’attendait pas vraiment à ce que je réponde. Peut-être que mon numéro avait changé. Peut-être que mon téléphone était éteint. Peut-être que je l’avais bloqué.

Mais le téléphone sonna une fois, deux fois, et à la troisième sonnerie, l’appel fut connecté.

« Allô. »

C’était ma voix. Mais ce n’était pas la voix faible et maladive dont Damien se souvenait. Elle était calme, claire, forte, froide.

Damien, qui avait été prêt à rager et à crier, se sentit soudain très, très petit. Il se mit à pleurer, des sanglots hystériques, incontrôlables. Le gémissement d’un perdant complet.

« Katia, » cria-t-il, sa voix se brisant en mille morceaux. « Katia, aide-moi, s’il te plaît. S’il te plaît, Katia, je ne sais pas ce qui s’est passé. Ils ont saisi notre maison. Ils ont pris la voiture. Ils m’ont mis dehors. Je suis à la rue. Katia, pourquoi est-ce arrivé ? Pourquoi ? »

Au 40ème étage de la tour MLG Holdings, à l’intérieur de ce qui avait été une suite de traitement VVIP mais qui fonctionnait maintenant comme un bureau de luxe temporaire, j’étais assise calmement. Je n’étais plus clouée au lit. Je n’étais plus malade. J’étais en bonne santé, énergique, et absolument puissante. Je portais un tailleur-pantalon d’un bleu roi qui encadrait parfaitement mon visage. Devant moi, la Directrice Valencia Thompson et plusieurs chefs de département étaient au milieu d’une réunion importante. Nous discutions de l’expansion sur les marchés du Moyen-Orient.

Mon vieux téléphone, celui que la Directrice Thompson avait récupéré de la maison, vibra sur la table de conférence en verre. Le nom “Damien” clignota sur l’écran.

Toute la réunion s’arrêta. Tout le monde me regarda.

Je levai la main en silence, demandant à tout le monde de rester calme. Je regardai la Directrice Thompson et je souris. Un tout petit sourire. Puis j’appuyai sur le bouton du haut-parleur pour que tout le monde dans cette pièce puisse entendre.

Les pleurs hystériques de Damien remplirent immédiatement la salle de conférence.

« Katia, aide-moi, s’il te plaît. […] Katia, pourquoi est-ce arrivé ? Pourquoi ? »

J’ai attendu. Je l’ai laissé finir de pleurer. Je l’ai laissé finir de supplier. J’ai fait signe à tout le monde dans la pièce de rester complètement silencieux. Le contraste était magnifique. Le silence de cette salle de réunion luxueuse contre la voix paniquée et désespérée de Damien.

Après que ses sanglots se soient un peu calmés, je me suis penchée plus près du microphone. J’ai parlé avec la voix la plus calme et la plus forte que je pouvais gérer. Une voix que Damien n’avait jamais, jamais entendue de moi auparavant.

« Excusez-moi, » dis-je froidement. « Qui est à l’appareil ? »

Il y eut un silence complet à l’autre bout de la ligne. Même les pleurs de Damien s’arrêtèrent brusquement.

« Quoi ? » Sa voix était confuse, brisée. « C’est moi. C’est Damien, ton mari. »

« Ah, Monsieur Carter, » dis-je, mon ton complètement indifférent, comme si je parlais à un étranger. « Je me souvenais à peine. Je crois qu’il y a un malentendu. Premièrement, vous n’êtes plus mon mari. Mes propres papiers de divorce ont été déposés ce matin. Deuxièmement, “notre maison” ? Il y a trois jours, vous avez été très, très clair sur le fait que c’était votre maison, n’est-ce pas ? Pas la nôtre. La vôtre. »

Je pouvais entendre Damien haleter à l’autre bout du fil. Sa confusion était palpable.

« Katia, » murmura-t-il, et je pouvais entendre la terreur dans sa voix. « Où es-tu ? Qu’as-tu fait ? Ta voix… tu… tu es en bonne santé ? »

« Je suis au milieu d’une réunion importante en ce moment, » ai-je répondu nonchalamment, me penchant en arrière dans mon fauteuil de direction. J’ai regardé l’horizon de la ville à travers les immenses baies vitrées. « Nous discutons de l’expansion commerciale à Dubaï et Abu Dhabi. Vous savez, des affaires. Des choses que vous ne comprendriez pas. »

Il y eut un silence confus de la part de Damien. « Katia, arrête de dire des bêtises ! » cria-t-il soudain, le désespoir le rendant audacieux. « Aide-moi. Je sais que c’est toi qui as fait ça. Ça doit être cette femme, cette directrice, Valencia Thompson de ton groupe de l’église, n’est-ce pas ? Tu t’es plainte à elle. Tu lui as raconté des mensonges sur moi. S’il te plaît, Katia, dis-lui d’arrêter tout ça. Je ferai n’importe quoi. Je reviendrai vers toi. J’oublierai le divorce. Je le promets. »

Un rire froid et cynique m’échappa. Je ne pouvais pas m’en empêcher.

« Revenir vers moi ? » dis-je. « Penses-tu que je ramasserais les ordures que j’ai jetées ? Et Simone… tu es trop tard, Damien. Elle t’a quitté il y a environ une heure, n’est-ce pas ? Juste au moment où l’équipe d’exécution est arrivée. Mon équipe juridique vient de m’en informer. Elle s’est enfuie avec ses valises et n’a pas regardé en arrière une seule fois. »

Je pouvais entendre l’inspiration brusque de Damien. Il réalisait quelque chose. Quelque chose de terrifiant.

« Comment… comment sais-tu ça ? » Sa voix n’était plus qu’un murmure. « Katia, qui es-tu ? Qu’es-tu ? »

J’ai souri. Un vrai sourire sincère. « Veux-tu vraiment savoir, Damien ? Pendant toutes les années où tu as vécu avec moi, toutes les années où tu m’as insultée et appelée un petit chien malade et fauché qui perdait son temps sur son téléphone, tu ne m’as jamais demandé une seule fois ce que je faisais réellement. Tu ne t’en es jamais soucié. »

« Que veux-tu dire ? » La voix de Damien tremblait de pure peur maintenant.

J’ai fait un signe de tête à la Directrice Thompson. Elle s’est levée et s’est approchée pour prendre le téléphone.

« Bonjour, Monsieur Carter, » dit la Directrice Thompson, sa voix professionnelle et froide. « Vous parlez actuellement avec le conseil d’administration exécutif de Monroe Luxury Group Holdings. »

« Directrice Thompson ! » La voix de Damien craqua. « Pourquoi avez-vous le téléphone de Katia ? Quelle est votre relation avec ma femme ? »

J’ai repris le téléphone. « Ce n’est pas mon amie, Damien, » ai-je dit clairement. « Ce n’est pas une femme de mon groupe de l’église. C’est ma PDG. La personne qui dirige mon entreprise pour moi. »

Silence complet de la part de Damien.

« Tu m’as demandé qui je suis ? » ai-je continué, me levant et marchant vers la fenêtre. J’ai regardé la rue, 40 étages plus bas, où je savais que Damien était probablement encore assis comme un mendiant. « Tu as appelé le numéro du pauvre petit chien malade que tu as abandonné il y a trois jours. Mais permets-moi de me présenter officiellement. »

J’ai marqué une pause pour un effet dramatique.

« Bonjour, Damien. Vous parlez avec Katia Monroe, l’unique propriétaire, fondatrice et présidente de Monroe Luxury Group Holdings. La société avec un bénéfice net de 1,5 million d’euros par mois. La société qui vient de récupérer tous ses actifs auprès de vous. La société que vous avez essayé de voler. »

Je l’ai entendu. Le son du téléphone de Damien heurtant le béton. Le cliquetis, puis rien. Juste un silence de mort.

« Monsieur Carter ? » ai-je dit dans le téléphone. « Êtes-vous toujours là ? »

Mais il n’y avait pas de réponse. Il avait lâché le téléphone. Il était probablement figé par le choc, fixant le vide. Son monde entier venait de voler en éclats, irréparablement.

J’ai raccroché. Je me suis retournée pour faire face aux membres de mon conseil d’administration. Ils me regardaient tous avec des expressions de respect et de satisfaction.

« Eh bien, » ai-je dit calmement, « je pense que ça s’est plutôt bien passé. Devons-nous continuer avec la proposition d’expansion de Dubaï ? »

Et juste comme ça, nous sommes retournés aux affaires. Parce que c’est ce que j’étais. Une femme d’affaires. Une femme d’affaires puissante et prospère.

Et Damien, lui, n’était plus rien. Juste le souvenir d’une erreur que j’avais faite un jour. Une erreur qui venait d’être effacée de la manière la plus spectaculaire qui soit.

 

Related Posts

Our Privacy policy

https://topnewsaz.com - © 2026 News